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Siegfried Ase, le Guerrier [Terminée!]

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Siegfried Ase, le Guerrier [Terminée!]

Message par Siegfried Ase le 21.10.14 21:47

Siegfried Ase




Personnage
'Qui?'
Prénom : Siegfried
Nom : Ase
Âge : 22
Groupe :Reka
Orientation sexuelle : Hétérosexuelle
Rang Personnel : Porteur de l’anneau

Physique
'Que suis-je ?'

Pour qui a voyagé, il est aisé de deviner, dès le premier coup d’œil vers son visage, d’où vient Siegfried. Celui-ci a en effet hérité du visage lisse et sculptural de ses ancêtres, ses traits taillés à la serpe moulés à la perfection par sa peau au teint blême. Malgré cette pâleur, que certains considèrent comme une preuve de faiblesse, les bouches se taisent et les regards se tournent vers lui lorsque Siegfried arrive.  En effet, dominant la plupart des personnes du haut de son mètre quatre-vingt-dix-huit, il impose aussi sa présence de manière inconsciente via sa musculature impressionnante, acquise via des années d’entraînement rigoureux, ainsi que par sa démarche à la fois rude, violente et rapide mais aussi glorieuse, sûre et puissante. Une attitude de conquérant féroce, soulignée par sa tignasse rouge si caractéristique, un rouge sang flamboyant, qu’il détient depuis sa première grande victoire. Savamment retenus par un bandeau noir, certaines des mèches lisses, fines et pointues qui encadrent son front se retrouvent parfois devant ses yeux, sans parvenir en cacher l’intensité. Tels deux pièces d’or, ceux-ci flamboient d’une grande énergie, étincelant avec force au milieu du visage de Siegfried, qui s’en sert notamment pour déstabiliser ses interlocuteurs, étant capable de les fixer sans ciller sur des périodes assez longues. Ces yeux peu courants proviennent de ses liens avec le clan Ase, et sont en partie responsable du charme du guerrier. Ils sont souvent rieurs, contrastant avec le reste de son visage, plus acéré, notamment avec son nez pointu et fin. Aussi fin, à vrai dire, que la bouche de Siegfried, qu’encadrent des lèvres subtiles, presque décolorées, s’ouvrant sur des rangées de dents blanches impeccables mais limées en pointe par tradition, souvent dévoilées par le sourire de notre ami, lui donnant un air à la fois sympathique et féroce. Le visage du guerrier se finit, comme pour une épée, par un menton pointu et glabre, Siegfried ne parvenant plus à faire pousser sa barbe dans son nouveau corps.
Cette tête plutôt bien faite surmonte une paire d’épaules carrées, prolongées par des bras puissants qui se finissent sur des mains fines et souples, aux veines apparentes, que le guerrier s’amuse à tordre dans tous les sens pour les faire craquer, tout comme il prend un malin plaisir à faire craquer son dos, son cou ainsi que les genoux de ses jambes élancées.
C’est là son aspect physique original, à quelques détails près, le corps qui l’accueille actuellement ayant été modelé pour y correspondre.
Siegfried est tout le temps vêtu de son armure, constituée d’une cotte de maille, de cuir rembourré et de plates au niveau de l’épaule droite et des articulations, le guerrier n’appréciant guère les lourdes armures intégrales de ses nouveaux camarades. Ses vêtements sont généralement noirs à l’instar des plaques de métal de son armure, hormis pour ce qui est de la cape rouge sombre déchirée et des ceintures blanches. Siegfried ne se sépare que très rarement de sa fidèle épée, Gram.

Mental
'Qui suis-je ?'

La tête de Siegfried est, aussi bien physiquement que mentalement, une tête plutôt bien faite ; en effet, le guerrier est redoutablement intelligent ; fine lame, son esprit acéré lui a permis, par deux fois, de vaincre un ennemi bien plus dangereux qu’il ne l’était. De plus, il est relativement cultivé pour un combattant, la lecture étant l’une de ses passions les moins connues. Cela le frustre d’ailleurs grandement de ne pas pouvoir lire le japonais, même s’il arrive à le parler sans trop de problèmes. C’est pourquoi, dès qu’il le peut, il demande à un natif lettré de lui faire la lecture, comme un enfant demanderait à ses parents de lui raconter une histoire. Siegfried est d’ailleurs un peu enfantin par moments, souriant comme un bambin lorsqu’il découvre quelque chose de nouveau, et n’hésitant pas à l’examiner, le remuer, l’agiter pour comprendre de quoi il s’agit, ou, plus simplement, parce qu’il trouve cela drôle. Bien loin du guerrier sérieux qu’il est dans les moments graves ou officiels, Siegfried est en fait très rieur, faisant des blagues lorsqu’il est en bonne compagnie, faisant naître la bonne humeur au sein de la pire compagnie de grincheux, remontant le moral avant et après les batailles. C’est un personnage un peu excentrique est loufoque, mais dynamique, honnête et aimable, qui ne rechigne pas à employer les mots justes et à être franc. En somme, un être curieux et curieux. Loin de ce que la plupart des Reka imaginaient de lui, loin de la machine à tuer sanguinaire, Siegfried est aussi plutôt généreux, et proteste contre le massacre que ses nouveaux camarades prennent, pour la plupart, un malin plaisir à commettre. Ainsi, sa loyauté, bien que grande, a ses limites ; vaincre des ennemis qui peuvent se défendre ou occire des criminels, soit. Mais exterminer sans pitié des populations entières ? Les voler ? Les torturer ? Les violer ? Ce n’est pas son genre, et cela fait partie des ordres qu’il ne tolère pas de recevoir, lorsqu’il accepte qu’on lui en donne. Car Siegfried, au-delà de son caractère joyeux et aimable, reste un guerrier ayant traversé des épreuves terribles et sait se montrer sérieux lorsque l’occasion l’oblige. Il referme alors son visage, fronce légèrement ses sourcils et adopte le regard dur comme la glace qu’il a hérité de son grand-père. Il vaut alors mieux ne pas le déranger ou l’ennuyer, car sa colère est redoutable. Indomptable, habitué à agir de son propre chef et à être loué dans les chansons et les histoires, Siegfried tolère assez mal qu’on puisse lui donner des ordres contraire à ce qu'il pense, et cela ne manque jamais de l’énerver, particulièrement lorsqu'il y a le moindre accroc dans le plan. Certains de ses supérieurs ne s’y trompent pas d’ailleurs, et s’amusent à lui donner des ordres aussi souvent que possible. Parallèlement à sa vie sur les champs de bataille, Siegfried mène une vie d’explorateur, de découvreur, en adéquation avec sa très –trop- grande curiosité, qui le place parfois dans des situations délicates, dont il se tire souvent sans problème. En effet, même réincarné dans un corps qui n’est pas le sien, Siegfried reste Siegfried, c’est-à-dire un guerrier à la puissance immense, suffisamment grande pour pouvoir se permettre de se fourrer dans les pires situations possibles, avec un large sourire. C’est en effet dans le danger et l’adversité que le guerrier trouve, à contrecoeur, son plus grand plaisir, conditionné par son sang à se plaire dans les défis les plus dangereux. Ne se souciant guère des ennuis éventuels qu'il pourrait s'attirer, il entretient ainsi une relation particulière avec la douleur, qu’il a non seulement appris à supporter au cours de ses différents combats, mais aussi à apprécier ; en effet, même si Siegfried ne va pas jusqu’à l’auto-flagellation, il ne peut nier qu’elle lui procure un sentiment particulier, à mi-chemin entre la satisfaction d’être en vie et le soulagement de pouvoir être blessé. Avec une pointe d'expiation aussi. Il a ainsi la preuve irréfutable de ne pas faire partie des Ase, et des années après leurs destruction de sa main même, il éprouve toujours le besoin de vérifier qu’il n’était pas l’un d’eux, pas l’un de ces quasi-dieux méprisant les joies de la vie. C’est là l’une des choses qu’il déteste le plus ; que l’on ne fasse pas attention à la vie d’autrui. C’est pourquoi il prend soin des autres, défendant la veuve et l’orphelin aussi souvent que possible, veillant à ce qu’au moins ceux qui ne peuvent se défendre puisse s’échapper, mais cela a eu un succès assez mitigé lors du combat contre les Mibu, et il s’en retrouve profondément affecté, dégouté de la violence de ses camarades.
Il tisse des liens facilement, et n’hésite pas à remettre sa confiance entre les mains de n’importe qui, se pensant de toutes les façons suffisamment puissant pour pouvoir compenser d’une manière ou d’une autre n'importe quelle trahison ou défection. Il est attiré par les femmes, mais respecte leur intimité, désireux de maîtriser ses instincts bestiaux. Il ne fait donc généralement pas attention aux atouts féminins, feignant poliment de ne pas les voir et reportant son attention sur autre chose, sans être troublé le moins du monde.
Même si Siegfried est un homme archi-bourré de qualités, souvent bien loin de l’homme idéal dans ses contrées natales et souvent bien plus proche que la majorité de ses camarades du terme « chevalier », il n’en reste pas moins un homme, avec ses défauts et ses faiblesses.
Il a notamment une colère de dragon, une haine noire, qu’il ne vaut mieux pas provoquer, sous peine d’être effacé promptement de la surface de ce monde. Cela arrive notamment lorsque l’on touche à ce qu’il aime, que ce soient des valeurs, des personnes ou des objets. De plus, sa curiosité poussée est parfois trop poussée, le mettant dans des situations délicates. Ensuite, le guerrier de légende, sur les champs de bataille, quasi-incontrôlable, s'abandonnant totalement à ses impulsions, son talent, jusqu'à la victoire ou la mort. Enfin, Siegfried, et c’est là son plus grand défaut, commun à la plupart des héros de légende, surtout ceux que l’on a ressuscités, est orgueilleux. Même s'il n'est pas fier de ce qu'il a fait, loin de là, ses qualités sont vantées dans les légendes les plus épiques de l'humanité, transformant sa vie, qui n'a été qu'une vaste supercherie mêlée à des meurtres plus ou moins justifiés et justes, en une aventure glorieuse devant inspirer les générations futures. Si bien qu'il cherche aujourd'hui à expier ses fautes, qu'il s'agisse de Fafnir, de son incapacité à défendre ceux qu'il a aimé ou encore le massacre des Ase. Son caractère changeant, oscillant entre le guerrier féroce qui a vaincu Fafnir et Odin et le jeune adolescent homme un peu naïf qui découvre le monde, est un effet secondaire de sa réincarnation ; il cherche à profiter de tout ce qu’il n’a pas pu connaître dans son ancienne vie, tout en cherchant à se repentir pour ses crimes pour tous les moyens, y compris l'acceptation de la douleur qu'on lui inflige ou l'idée de devoir défendre ceux qui en ont besoin, sans parvenir à faire taire totalement son sang, qui aspire au combat et le pousse à la bataille, trait caractéristique des Ase qu'il cherche à effacer.
Il aime bien être avec d'autres personnes, faire la fête, boire, manger, jouer du lur, triompher, la viande, découvrir. De plus, il aime bien aimer.
Il déteste les aubergines, le mépris de la vie, l’abus de pouvoir.


Dernière édition par Siegfried Ase le 22.12.14 1:44, édité 3 fois

Siegfried Ase
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Siegfried Ase, le Guerrier (suite)

Message par Siegfried Ase le 30.10.14 3:22


Histoire
'Qu’ai-je été ?'

-Siegfried ! Siegfried, où es-tu ? Siegfried !!!, hurla une voix éraillée dans le froid glacial.
Un jeune homme, aux longs cheveux blond platine releva la tête ; il sortit de l’eau et se rhabilla en vitesse, avant de crier à son tour :
-Je suis là, Mime !
Il courut jusqu’à la cahute où il avait grandi, ses muscles encore humides protestant contre l’effort. Ses cheveux flottaient derrière lui, du givre naissait sur son début du barbe, et il écartait violemment toute branche en travers de son chemin. Il se dépêchait, sachant pertinemment que chaque seconde de retard en plus signifiait un coup de bâton supplémentaire. Lorsqu’il déboucha enfin dans la clairière, Mime l’attendait, son bâton en main, tapotant du pied. Il était petit, maigrelet, quelques cheveux longs cheveux bruns épars surgissaient de son crâne usé çà et là, et l’un d’entre eux tombait sur son visage, entre ses deux yeux globuleux, chevauchant son gros nez pour s’arrêter, juste au niveau de la bouche aux lèvres toujours pincées.
-Je suis là, Mime, fit Siegfried, avant que le bâton ne heurte durement sa pommette gauche, l’envoyant face contre terre, dans la neige blanche hivernale.
-Tu es en retard. Je t’attendais pour manger. Dépêche-toi de rentrer, fit la petite créature en poussant la porte, pendant que le jeune homme se relevait péniblement.
Une fois à l’intérieur de la maison, Siegfried se dépêcha de mettre le couvert. Ils mangèrent des champignons et des racines, comme d’habitude, le jeune homme grimaçant toujours autant à chaque bouchée tandis que Mime, lui, se régalait toujours autant.
C’était le quotidien de l’homme dont les légendes allaient retenir le nom. Sauf que ce jour ci, précisément dix-huit ans après la naissance de cet homme, quelque chose se mit en marche. Loin, très loin de là, des ordres avaient été lancés. Ils eurent pour conséquence directe une chute. Celle de la moitié d’une épée, droit dans le bol de Siegfried.
Celui-ci, surpris de cet étrange objet qui avait traversé son bol pour se ficher dans la table de chêne, l’examina, tandis que Mime, qui avait lâché sa cuillère, cherchait à comprendre comment l’arme avait pu sortir de la malle dans laquelle elle était enfermée à double tour et bondir jusque-là depuis le fond du grenier. Tandis qu’il réfléchissait, la bouche ouverte, de noirs souvenirs lui envahirent l’esprit à la vue du jeune homme qu’il avait élevé, maniant maladroitement la lame brisée, suivant sûrement les instincts que lui dictait son sang.
-Mime, regarde ça, n’est-ce pas fantastique ? C’est si beau, souffla le jeune homme en admirant la lame.
Toujours perdu dans ses pensées, le forgeron ne cherchait plus à comprendre, mais à exploiter. Ses instincts de Nibelung, de nain, avaient repris le dessus, et il voyait désormais un avantage à ce que son fils adoptif manie l’épée. C’est donc avec sa voix la plus éraillée possible qu’il répondit sur un ton neutre :
-Oui, c’est une épée. Elle appartenait à ton vrai père. L’autre moitié doit se trouver dans le lac gelé, c’est là que je t’ai trouvé quand tu étais petit.
Siegfried réagit alors au quart de tour ; il prit sa moitié d’épée et sortit comme une tornade de la cahute, courant vers le lac, suivi de Mime qui marchait en souriant.
Arrivé au lac, Siegfried plongea directement dans l’eau gelée comme il le faisait depuis sa plus tendre enfance, et chercha le moindre reflet de lumière dans l’eau légèrement trouble. Cela faisait longtemps qu’il savait que le Nibelung était un Nibelung, et qu’il n’était pas son père puisque lui-même était humain. Mais c’était la première fois que Mime daignait de lui donner des informations sur sa vraie famille. Il vit, du coin de l’œil, quelque chose briller sous l’eau. Il se dépêcha de le ramasser et s’entailla les doigts en le faisant, grimaçant de douleur sous l’eau froide. Lorsqu’il émergea devant Mime, les cheveux tombant sur ses épaules et cachant son visage, la poignée de l’épée dans une main et la lame pleine de sang dans l’autre, celui-ci perdit instantanément son sourire. Il eut peur pendant un instant, juste avant que Siegfried ne lâche la lame et la poignée, grimaçant de douleur, plongeant sa main dans la neige avant de rabattre ses cheveux en arrière. Il regarda les deux morceaux de l’épée, parfaitement séparés par une seule cassure, et leva la tête vers Mime qui l’observait :
-Peux-tu la reforger ?
Le forgeron prit son temps pour répondre, regardant les nuages d’un air pensif :
-Moi non. Mais la foudre, oui. Un orage va éclater. Viens, nous allons nous préparer.
Le jeune homme, bien que trempé, bien que blessé, oublia instantanément toutes ses peines pour suivre son père adoptif. Celui-ci le fit monter au coucher du soleil sur le toit pointu de la bâtisse, alors que l’orage tonnait au loin, en équilibre ses les tuiles moussues et lui fit tendre les deux morceaux de l’épée joints, et le plus haut possible. Le sommet de la maison dominant la plupart des arbres de quelques mètres et se trouvant au milieu d’une clairière dégagée, ce qui devait arriver, arriva, et un éclair s’abattit sur la lame.
Siegfried se réveilla, en contrebas, couvert de débris, la pluie s’engouffrant dans le trou par lequel il était tombé. Il chercha aussitôt l’épée du regard, avant de la voir planté dans l’enclume préférée de Mime. Il se leva durement. Marcha vers l’épée. Il entendit confusément la porte grincer et la voix éraillée l’appeler, lui parler. Mais l’épée l’appelait. Et il répondit. Empoignant fermement l’arme de ses deux mains, il tira de toutes ses forces, contractant ses muscles. L’épée se dégagea, traçant un éclair dans la pénombre de la maison. Siegfried admira longuement l’arme, ses yeux dorés se réfléchissant dans le métal, avant d’être pris d’une impulsion aussi soudaine qu’incontrôlable ; il frappa un grand coup de toutes ses forces dans l’enclume, sous le regard terrifié de Mime. Il ferma les yeux au moment de l’impact et entendit le cri aigu et grinçant du métal. Lorsqu’il rouvrit les yeux, les deux moitiés de l’enclume, séparées, tombaient lentement, au ralenti. Il se retourna avec un grand sourire vers le Nibelung, qui contemplait toujours son ex-enclume favorite, bouche bée et yeux écarquillés :
-Je crois, Mime, qu’il est temps que j’aille explorer le monde.
Le lendemain matin, aux aurores, après une nuit d’insomnie pour Mime qui ourdissait ses plans, Siegfried se leva et alla se laver, avant de préparer son paquetage. Son père adoptif, qui avait une idée fixe dans la tête, l’interpella :
-Je viens avec toi.
Devant la surprise du jeune homme, qui s’attachait les cheveux, il se justifia :
-Tu auras besoin de quelqu’un qui a déjà vu le monde pour t’enseigner certaines choses, te montrer certains dangers que ton épée ne pourra trancher, et surtout, tu auras besoin de quelqu’un pour prendre soin de ton arme. Et ne songe même pas à le faire toi-même, tu l’abimerais !
Siegfried, bien qu’un peu surpris, reprit vite contenance et afficha un grand sourire, ravi que son père adoptif vienne avec lui.
Ils partirent donc avec leurs affaires, l’un avec des rêves et l’autre avec des idées noires, tous deux ayant leur but propre à remplir et souriant tous les deux d’avance en savourant ce que le futur leur réservait.

Les deux êtres traversèrent ensemble la forêt enneigée, en se nourrissant des champignons que Mime avait emporté et des quelques racines qu’ils pouvaient trouver, Siegfried s’arrangeant pour aller chasser discrètement, comme il en avait l’habitude, dès qu’il le pouvait. Un soir où il faisait cuire ses quelques prises un peu à l’écart de leur campement sommaire, son père adoptif vint le voir, avec une pince sur le nez :
-Vous les hommes, vous êtes tous pareils…
Le jeune homme surpris, essaya de se justifier, mais Mime l’arrêta d’un geste de la main avant qu’il ait pu ouvrir la bouche.
-Il y  a très longtemps, nous, Nibelungs, étions nombreux. Très nombreux. Nous vivions sous terre, près des métaux et des pierres que nous affectionnions. Moins brutaux que les hommes, nous vivions tous en paix. Mais un jour, mon frère Fafnir trouva, dans la galerie la plus profonde de nos mines, quelque chose de nouveau. Parce que cela ressemblait à de l’or, nous l’avons appelé ainsi ; mais nous savions que c’était totalement différent, et que cela possédait une puissance hors du commun. Mon frère a forgé un anneau en utilisant toute l’Or qu’il avait trouvé. Aussitôt, son cœur a été rongé par le pouvoir. Il est devenu de plus en plus violent, de plus en plus puissant. Lorsque je suis parti, Fafnir venait de se transformer en une créature monstrueuse, sorte de lézard colossal pourvu d’ailes, afin de mieux garder son trésor. J’ai voulu me réfugier dans d’autres cités appartenant aux Nibelungs, mais partout où j’allais, il ne restait plus rien du raffinement et du talent de mon peuple. Il n’y avait plus que des cadavres brûlés et des coffres vides, pillés. Je ne suis pas retourné chez moi, et j’ai évité les contacts avec les hommes, et c’est en fuyant que je t’ai trouvé.
Siegfried, attentif, mangeait silencieusement la chair de l’oiseau qu’il avait tué de ses mains, attendant la suite avec impatience. Comme celle-ci ne venait pas, il demanda :
-Où est Fafnir désormais ?
-Il repose sous la montagne qui nous a vus naître, veillant toujours sur ses montagnes d’or et surtout, sur son anneau. Beaucoup ont entendu parler de cette histoire et ont décidé de défier le dragon, comme l’ont appelé tes congénères, mais aucun n’en est revenu.
Le jeune homme fixait son père adoptif de ses yeux dorés, plongé dans une profonde réflexion intérieure. Mime, qui avait deviné le sujet de cette réflexion, avait du mal à retenir un sourire.
Il avait, bien évidemment, passé sous silence certains passages de son récit, notamment celui où il forgeait l’anneau, ou celui où il négociait avec son frère pour obtenir une partie de son pouvoir maudit. Mais cela n’était pas important, n’est-ce pas ?
Siegfried se leva d’un coup, lâchant l’os qu’il rongeait, posant ses mains sur ses hanches en souriant férocement :
-Mime ! Dès demain, nous partirons vers cette montagne dont tu m’as parlé, et je trancherai Fafnir, pour que tu puisses retrouver ta véritable maison !
Le Nibelung se mordit l’intérieur de la joue jusqu’au sang pour ne pas sourire, et regarda son fils adoptif, avec un air faussement ému :
-Ah, merci Siegfried !
Les petites larmes de douleur qui pointèrent aux coins de ses yeux achevèrent de convaincre le jeune homme du bien fondé de ses futures actions, et il partit se coucher en souriant, impatient de rencontrer ce Fafnir qu’il espérait trancher comme l’enclume de Mime. Ce dernier, de son côté, passa une nouvelle nuit d’insomnie, exultant à l’idée que sa vieille vengeance puisse enfin s’accomplir. Il rumina des idées noires et des projets d’avenir pendant toute la nuit, tant et si bien qu’il se leva le lendemain avec un grand sourire, contrairement à son habitude, et que ce fut lui le plus impatient de se mettre en route. Après quelques jours de marche dans une forêt touffue mais de moins en moins enneigée, ils en sortirent enfin, et se retrouvèrent au bord d’une plaine verte au bout de laquelle trônait une immense montagne noire et acérée, environnée de pics rocheux autour desquels volaient quelques gros oiseaux. La plaine, pourtant grande, semblait minuscule en comparaison avec le mont rocheux dont les derniers rayons de soleil détachaient la silhouette et projetaient l’ombre. C’est au sein de cette ombre démesurée que Mime fut surpris de voir un village humain, malgré la réputation que Fafnir avait donné à la montagne. Le forgeron rechigna un peu à suivre Siegfried jusqu’aux habitations, le jeune homme était si pressé de voir d’autres hommes qu’il portait presque son père adoptif en courant sur la route. Arrivés aux portes du village, ils ralentirent le pas. Si Mime fronçait le nez avec dégout devant la plupart des échoppes, des gens et des maisons, Siegfried, lui, les yeux écarquillés, ne perdait pas une miette de ce qui l’entourait. Tout le fascinait : les odeurs, les couleurs, les gens, leurs vêtements, leurs outils, leurs maisons… Ils dévisageaient tous le Nibelung, certains s’écartant même de leur passage, l’air soit apeuré, soit courroucé. Le principal concerné ne s’y trompait pas ; tous savaient quelle était l’identité des deux derniers Nibelungs en vie, et quels étaient leurs crimes respectifs. Mais il s’en fichait ; il ne serait pas aussi clément que son frère, et dès qu’il aurait l’Or, il les gouvernerait tous, et tous ramperaient sans exception. Il frémit de bonheur à la simple idée de pouvoir bientôt raser ce misérable village de la surface du monde.
Il regarda Siegfried, qui marchait à sa gauche. C’était son passe-droit pour le pouvoir. Il était convaincu qu’il pouvait vaincre son traître de frère. Après tout, il était…
-Alors, Mime, que faisons-nous ? Je suis trop fatigué pour combattre Fafnir, et j’ai trop faim, fit le passe-droit, reposons-nous.
Sorti de sa rêverie, le forgeron chercha du regard une auberge, et y entraîna son fils adoptif. Une fois à l’intérieur de l’établissement, le petit être toussa plusieurs fois et faillit même ressortir, tant l’atmosphère était chargée de relents de graisse, de friture et de transpiration humaine. Il paya néanmoins la chambre, tout en se débrouillant, avec quelques pièces de plus, pour se faire monter un repas très copieux. Siegfried, qui était resté un peu à l’écart des négociations pour regarder deux joueurs lancer les dés, entendit la conversation de deux clients, qui jetaient un regard noir à Mime :
-Je suis sûr que ce nain a une belle bourse avec lui, fit l’un d’entre eux en crachant presque le mot « nain »
-C’est à cause de lui, qu’on vit dans la peur. On devrait peut-être lui rendre une petite visite cette nuit, renchérit le second en désignant le poignard qui pendait à sa ceinture.
-Ouais, c’est une bonne idée.
Leur comportement rappelait celui des loups à notre jeune héros, qui n’était pas assez naïf pour ne pas comprendre ce qu’impliquaient leurs mots, et il décida donc d’intervenir avant qu’un malheur ne survienne. Lorsque deux loups se disputent, ils font d’abord rouler leurs muscles, claquer leurs mâchoires et sonner leurs voix avant de se battre, mais bien souvent, le moins bien fourni se met sur son dos avant de se faire lacérer. Il espérait que cela fonctionnerait avec les hommes aussi.  Il marcha donc résolument vers la table des deux soulards, poings fermés, yeux plissés, en faisant claquer ses bottes à chaque pas. Il vit quelques regards se tourner vers lui. Arrivé à leur table, les deux levèrent un regard interrogateur vers lui, et il chercha une manière convenable de leur répondre pendant environ trois quarts de seconde avant d’abattre violemment ses poings sur la surface de bois, envoyant ainsi valser les deux choppes par terre et faisant cesser toutes les discussions dans l’auberge.
-C’est quoi ton problème, à toi ?, lança l’un des deux
Siegfried le regarda fixement de ses deux yeux dorés, ne sachant plus quoi faire, mais ne désirant pas faire marche arrière.
Son comparse le tira par la manche :
-J’crois qu’il est rentré avec le nain. Viens, on s’casse.
Ils partirent assez vite, sous les regards et messes basses de tous les autres clients, et le regard satisfait du jeune homme, qui monta ensuite avec son père adoptif jusque dans la chambre qui leur était réservée. Là, le forgeron posa son baluchon et mangea seul ses racines et ses champignons restants, sans adresser un mot à Siegfried malgré son contentement évident. Le repas copieux arriva quelques instants plus tard, alors que le blond aux yeux d’or était assis sur le rebord du lit, attendant de savoir quoi faire. Mime pointa le cochon rôti, la bière et tous les autres mets rassemblés sur le plateau tenu par la fille de l’aubergiste, une brune au minois ravissant :
-Mange ça, tu en auras besoin demain si tu veux être en forme pour affronter Fafnir.
La fille écarquilla les yeux, laissant presque tomber son plateau, mais Siegfried le lui prit à temps avec un sourire pour éviter un désastre. Ensuite de quoi elle courut vers l’étage inférieur sans même fermer la porte de la petite chambre dans laquelle étaient entassés deux lits, deux êtres aux tailles et origines différentes, ainsi que quelques rats et blattes qui passaient par là. Après avoir refermé rapidement la porte, il revint à sa place sur le lit, dévorant déjà les aliments du regard, le doux fumet qui s’en échappait lui ayant instantanément donné faim. Pendant que son petit compagnon de voyage finissait de manger sa nourriture et s’installait par terre pour la nuit, le grand gaillard vida chaque écuelle, nettoya chaque miette et savoura chaque gorgée de bière, ne manquant pas de questionner Mime sur tel ou tel aliment, le faisant ainsi froncer le nez. Lorsqu’il eût fini, ayant la certitude d’avoir mangé le meilleur repas de sa vie, il tomba comme une masse sur l’oreiller de paille, déposant le plateau juste à côté de son lit, et s’endormit aussitôt en ronflant.
Le Nibelung, lui, jubilait. Il  était presque. Il maudissait chaque seconde qui le séparait de son trésor, de son trône, et surtout de son anneau, tout en savourant la fin de chaque instant, le rapprochant ainsi toujours plus de la mort de son frère.
Le soleil se leva et les coqs chantèrent le lendemain, réveillant Siegfried –et seulement lui, puisque Mime, pour la énième fois en quelques semaines, n’avait pas dormi- qui descendit en compagnie du forgeron dans la grande salle. Là, un nombre assez conséquent d’hommes et femmes chuchotaient, debout, guettant leur arrivée. Tous deux eurent une réaction méfiante, mais l’un des villageois, mieux habillé que les autres, s’approcha, bras grands ouverts, en leur demandant :
-Excusez-moi, avez-vous l’intention de défier le dragon ?
Siegfried répliqua fièrement, avant même que son père adoptif ait le temps de parler :
-Je ne compte pas le défier, je compte l’occire ! Et il est d’ailleurs temps que nous y allions, n’est-ce pas ?
Le petit être resta sans voix l’espace d’un instant, avant de précéder son guerrier dehors. Il n’en revenait pas. Etait-ce d’avoir quitté la cahute ou bien était-ce la faute du contact humain ? Comment le Siegfried qu’il connaissait, soumis et maladroit, avait pu se transformer en… En quoi d’ailleurs ? C’était toujours humain, mais il avait un comportement différent. Un comportement plus mature, plus sûr. Comment, en si peu de temps ? Il se retourna pour voir si le sujet de ses pensées le suivait, et il le vit saluer la foule de villageois qui l’encourageaient avec espoir, ses yeux dorés étincelant. Ses yeux dorés. Cela ne pouvait qu’être ça. Mime murmura à haute voix :
-Les chats ne font pas des chiens….
Sortant du village, accompagnés par quelques enfants qui couraient autour d’eux, les deux compagnons arrivaient au bout de leur route commune, sans le savoir. Ils gravirent une petite partie de la montagne avant d’arriver à un passage dérobé, le même que Mime avait emprunté des années auparavant pour fuir. Ce dernier ouvrit le passage en murmurant des mots dans une langues inconnue, et la pierre s’effaça devant eux, leur laissant un passage libre, mais petit et obstrué par des milliers de toiles d’araignées. Traversant cet océan de sécrétions arachnéennes à la lueur ténue d’une boule bleue que tenait le Nibelung, ils débouchèrent dans un vaste hall aux murs noircis, dont le sol était tapissé de squelettes de petite taille. Siegfried tira son épée de son fourreau, faisant chanter une note métallique dans tous les recoins de la pièce. Mime passa en premier, tous deux avançant prudemment. Le forgeron sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine aussi vite qu’il abattait son marteau sur le métal en fusion, tandis que le guerrier, lui, avançait avec une certaine inquiétude, tout en gardant son sang-froid, guettant chaque mouvement dans l’ombre au-delà de la faible lumière.
Ils s’aventurèrent jusqu’au plus profond de la montagne, traversant des salles immenses et poussiéreuses tapissées de squelettes et d’objets en tous genres. Le silence environnant n’était troublé que par le bruit de leurs pas, qui se réverbérait sur les murs des halls de pierre. Pendant près de deux heures, ils marchèrent pour atteindre la salle du trésor. Lorsqu’ils furent devant la porte, une immense porte en pierre ouvragée, Mime toucha le bras de Siegfried :
-Je ne peux pas aller plus loin, mon garçon, c’est à toi maintenant de prendre le relais…
Le jeune guerrier poussa résolument lourde porte, qui s’entrebâilla sur des ténèbres plus noires encore que la pénombre de laquelle il venait. Une pièce tomba, quelque part, au loin devant l’humain qui descendait prudemment les marches de pierres. Une vieille odeur de brûlé flottait dans l’air.
Plusieurs cliquètements se firent entendre, suivis  par un nombre toujours croissant de carillonnements métalliques. Un autre bruit, plus organique se fit entendre, et soudain, une flamme immense jaillit de l’obscurité et se déchaîna sur un mur. Une colonne de flamme naquit du point d’impact, et la pièce toute entière fut bientôt éclairée par des rigoles pleines d’un combustible nauséabond. C’est à ce moment seulement que Siegfried découvrit l’immensité de la salle dont il se trouvait, mais aussi, et surtout, la taille colossale de Fafnir. Devant lui, tout en chair et en écailles, se dressait la créature, gigantesque, aux écailles et aux yeux plus noirs que la nuit, plus sombres que le crime. Le monstre le fixait de ses globes abyssaux, il sentait sa présence écrasante tenter de s’imposer à lui, faisant trembler les murs de la salle de pierre. Plus qu’une simple impression, il avait vraiment la sensation d’une cape de plomb l’écrasait. Mais loin de se démonter, Siegfried renforça la prise sur son arme. Visiblement frustré de ne pas pouvoir le forcer à s’agenouiller par sa simple présence, le dragon émit un rugissement titanesque, faisant trembler non seulement l’or mais aussi toute la montagne et ses milliers de tonnes de roches. Des écailles couvraient tout son corps, ses quatre pattes étaient aussi épaisse que les piliers de granit de la salle, une paire d’ailes reposaient, inertes, sur son dos, et la queue courait sous les montagnes d’or qui recouvraient le sol de la salle. Siegfried resserra sa main sur la poignée de son épée et avança jusqu’à la mer d’or. Le dragon l’interpella alors, rugissant :
-Toi ! Tu vas regretter de m’avoir forcé à sortir de mon sommeil… Péris !
A ces mots, Fafnir balança sa queue, fouettant l’air poussiéreux de la salle, manquant de décapiter son ennemi qui s’était jeté face contre pièces. Alors que le dragon allait lancer sa queue une nouvelle fois, il constata que son adversaire le chargeait aussi vite qu’il le pouvait. Il tendit donc simplement la patte gauche
Mû par une impulsion soudaine, Siegfried se jeta une nouvelle fois sur l’or, s’écrasant autant que possible contre les bijoux et les pièces. Il se releva promptement et recommença sa charge alors que le dragon grondait de mécontentement. Le guerrier cherchait un angle d’attaque. C’est en roulant sur le côté pour éviter de se faire écraser par l’autre patte du reptile qu’il trouva, alors qu’une pluie d’objets précieux lui tombait dessus. Fafnir fixa de ses yeux totalement noirs le petit homme qui se démenait en contrebas. Ridicule. Il résistait à l’envie de le brûler de son souffle ardent, sachant pertinemment qu’il ferait aussi fondre son trésor. Et puis, un peu de sport tous les cinq ans ne lui faisaient pas de mal, il devait le reconnaître. Il s’amusait bien.
Pendant ces réflexions, Siegfried mettait son plan à exécution ; il attendit que la patte du dragon s’abatte une deuxième fois sur lui, et l’esquiva à nouveau en roulant sur le côté. Sauf qu’au lieu de laisser le dragon retirer tranquillement sa serre, il planta son épée dans l’interstice entre deux écailles jusqu’à la moitié de la lame, et la retira rapidement. Le gigantesque reptile qui, un instant avant, était encore à moitié endormi, était maintenant tout à fait réveillé, et il rugissait de rage de s’être fait blesser, crachant du feu sur le toit de la salle pour évacuer un peu sa colère. Durant le court instant où Fafnir ne le regarda pas, le blond courut aussi vite qu’il  le pouvait vers son adversaire écaillé.
Une fois sous son ventre, Siegfried regarda les écailles ; elles semblaient non seulement plus claires mais aussi plus fines. Quoi qu’il en soit, il leva les bras, frappant le ventre du dragon, juste en dessous de sa cage thoracique, de toutes ses forces. Le choc fut violent. Non seulement il n’érafla même pas la carapace reptilienne, mais en plus, il eut l’impression d’avoir frappé dans un mur, et le retour de force se répercuta dans tout son corps, manquant de lui faire lâcher son arme. Regardant au-dessus le monstre qui le cherchait toujours, la confiance du jeune guerrier vacilla ; après tout, il n’avait jamais tué de dragons, et un peuple tout entier avait été éradiqué en tentant de s’en défendre ; pouvait-il vraiment tuer Fafnir ? Siegfried regarda son reflet dans la lame de son épée, fixant ses yeux dorés, qui semblaient si désemparés. Il fronça les sourcils. Le dragon n’avait même pas senti son dernier assaut ? Très bien. Il n’en sentirait que plus le prochain. Armé de cette nouvelle résolution, le petit homme, tout petit en comparaison de l’énorme monstre qui se dressait en rugissant au-dessus de sa tête, empoigna son épée à deux mains, et se redressa. Il lança ses bras, de toutes ses forces, vers le ventre du dragon, son épée luisant faiblement devant lui. Dans un bruit d’écailles brisées et de chairs transpercées, la lame s’enfonça dans la chair du dragon, faisant couler du sang sur Siegfried, juste en dessous. Celui-ci, alors que le dragon s’était arrêté de rugir, sans doute pour mieux comprendre ce qui se passait sous son ventre, fit décrire un arc de cercle à son épée, toujours plantée, jusqu’à ce qu’elle touche les pièces, en hurlant de toute la force de ses poumons. Ce qui se passa alors surprit à la fois le reptile et le guerrier : une onde de choc de couleur dorée venait de naître la lame de Siegfried et entama un peu plus la chair et les écailles de Fafnir, agrandissant la plaie depuis le bas de son thorax jusqu’à son bas-ventre, le faisant ainsi rugir de douleur, la montagne toute entière tremblant tandis que le sang reptilien éclaboussait l’or. Le guerrier, trempé de sang de dragon, n’eut pas le moindre répit pour savourer le coup qu’il venait de porter : son ennemi reptilien, qui avait perdu de vue toute logique, s’apprêtait à la faire rôtir, sa gueule béante débordant déjà de flammes ; s’abandonnant à ses réflexes alors que le dragon prenait son inspiration, Siegfried se jeta derrière la patte la plus proche, au moment où le torrent de flammes se déchaînait. Il se releva très vite pour s’éloigner encore un tout petit peu, restant tout de même caché derrière le membre du reptile. Ce dernier s’arrêta bien vite de souffler l’enfer, et poussa un nouveau rugissement de douleur, plus fort et plus violent que tout ce qui précédait : il venait de cautériser sa plaie, causant ainsi une effroyable souffrance. Siegfried préféra s’éloigner encore un peu alors que son adversaire se tordait de douleur, et chercha du regard quelque chose, n’importe quoi à vrai dire, qui pourrait lui être d’une quelconque aide.
Ecarquillant les yeux, il se rua vers l’un des nombreux objets présents dans la salle.
Il avait déjà vu des arcs, et savait même s’en servir. Il visait atrocement mal, certes, mais il s’avait comment cela fonctionnait et à quoi cela ressemblait. Et ce qu’il voyait devant lui ressemblait ni plus, ni moins, à un gros arc en métal, prêt à tirer, de surcroît. Alors qu’il courait vers la baliste, le dragon avait repris ses esprits et le cherchait de son regard noir et perçant. Tandis que Siegfried s’installait sur le siège moisi par les ans en cherchant à comprendre comme l’engin fonctionnait, Fafnir franchissait en grondant, des flammes dégoulinant de sa gueule, le peu de distance qui les séparait. Lorsque le guerrier blond aux yeux d’or actionna, au hasard, le levier qui lui semblait le plus prometteur, le gigantesque reptile vomissait un flot de flammes si intense que le bruit de la baliste s’y perdit.
Se jetant une nouvelle fois sur le côté, suivant ses instincts les plus primaires, Siegfried sentit tout de même la chaleur infernale du feu, sa cape de voyage roussissant par plusieurs endroits. Un énorme bruit mat se fit entendre alors qu’il atteignit le sol, mais plutôt que d’en chercher la cause, le guerrier préféra éteindre les flammèches qui couraient le long de ses cheveux en se roulant sur l’or. Lorsqu’il se releva, ses longs cheveux blonds lisses avaient été sauvagement raccourcis de plusieurs centimètres, et lui arrivaient, au mieux, juste au-dessous des oreilles. Mais, plus important, le Fafnir était à terre. Se rapprochant pour mieux, voir, Siegfried vit qu’il ne respirait plus, mais que ses yeux noirs bougeaient encore ; il ne chercha pas longtemps la flèche qu’il avait tirée avec feu la baliste, puisque de l’or et du métal en fusion coulaient de la gueule de la créature, obstruant ainsi la gorge et les voies respiratoires du dragon, qui agonisait donc lentement, épuisant petit à petit ses réserves d’air. Mû par une impulsion, le guerrier victorieux posa sa main à plat sur le museau de son adversaire mourant. Aussitôt, il se sentit attiré par les deux abysses noirs et une voix, semblable à celle de Mime, résonna dans sa tête :
-Félicitations, petit homme. Je reconnais ma défaite. Je pressens cependant que tu affronteras des épreuves bien plus rudes que ce combat, c’est pourquoi, par respect pour celui qui m’a vaincu, je souhaiterais t’offrir un présent. Bois un peu de mon sang. Une partie infime de mon pouvoir résidera alors en toi, et tout ce que je sais te sera connu. Y compris les secrets de tes origines.
Après une légère hésitation, qui s’évanouirent aussitôt que Fafnir évoqua ses origines, Siegfried alla jusqu’à la plaie d’où coulait l’épais liquide carmin, et y plongea sa main pour recueillir le sang, qu’il lécha en fermant les yeux.
Ses yeux devinrent alors totalement noirs, comme ceux du dragon, et il vit tout ce qu’avait vu le reptile. De la naissance de Mime, jusqu’à leur séparation dans les cris et les larmes, en passant par la découverte de l’Or, par la forge de l’Anneau, ainsi que par la transformation progressive d’Albereich en Fafnir, sans oublier le massacre des Nibelungs. Curieusement, même si les évènements collaient avec ce qu’avait dit Mime, Siegfried constata que son père adoptif avait été aux côtés de son frère jusqu’à ce qu’il parte, empli de haine. Depuis sa naissance, Mime et Albereich avaient toujours été très proches, que ce soit dans leur plus tendre enfance, le grand frère protégeant son cadet, jusque dans leur vie adulte, où ils se partagèrent le pouvoir de l’anneau. En effet, il si celui qui portait l’anneau bénéficiait de ses pouvoirs, seul quelqu’un sachant lire et écrire la langue des Nibelung pouvait s’en servir. Albereich étant illettré, c’est son frère, Mime, qui donnait les instructions à l’anneau. Le guerrier fut surpris de voir le petit forgeron, frêle petit être, demander à son frère la destruction de leurs pairs pour éviter que quelqu’un d’autre qu’eux ne sache se servir de l’artefact, mais il fut plus surpris encore lorsqu’il vécut la réaction des deux frères au carnage qu’ils venaient de terminer ensemble: le dragon, monstre reptilien sanguinaire, versait des larmes sur les cadavres calcinés, regrettant amèrement ses actes, tandis que le pauvre forgeron dansait au milieu des cendres en riant. La dispute qui s’en suivit fut d’une rare violence et au terme de celle-ci, Mime quittait sa montagne natale et son frère s’y installant en attendant quelqu’un qui serait capable de le vaincre. Il vit aussi la provenance de l’Or, ainsi que la raison de sa puissance, et cela le plongea dans une colère noire.
Siegfried ouvrit les yeux, assagi par l’expérience qu’avait amassée Albereich durant l’équivalent de plusieurs vies humaines. Son premier geste fut d’achever son adversaire agonisant, puisqu’il savait maintenant combien il souffrait, et qu’il avait surtout un peu de pitié pour lui. Il marcha ensuite jusqu’au trône tout au fond de la salle, et ouvrit le petit coffret de métal qui y reposait en brisant la serrure ; l’anneau maudit était là, devant lui, sa lueur malsaine dégoulinant sur toutes les surfaces peu éclairées aux alentours. Le guerrier enfila le bijou à son majeur gauche et se retourna, laissant la cassette là où elle était. Mime, qui était revenu lorsque les rugissements de son frère s’étaient tus, était au centre de la salle au beau milieu de la mer de richesses qui s’y étendait et il peinait maintenant à réaliser que cet homme qui venait d’enfiler son anneau, devant lui, était bien Siegfried. Le regard plus sûr, la démarche plus assurée et plus imposante, il doutait maintenant de la faisabilité de son plan, tout en refusant de laisser l’anneau sur les doigts sales de cet exécrable humain. Le Nibelung, dernier de son genre, approcha donc, cachant soigneusement la dague rouillée trouvée plus loin dans sa manche. Le guerrier marcha vers le forgeron, d’un pas aussi sûr que possible sur les tas d’or, et l’interpella :
-Avant même que tu ne le demandes, Mime, oui, je vais bien. Mais je suppose que tu pensais plutôt à cet anneau, n’est-ce pas ? Figure-toi que j’ai appris d’Albereich lui-même le nom de son créateur et que ce créateur est aussi le dernier à savoir s’en servir, heureuse coïncidence, pas vrai, Mime ?
A ces mots, le Nibelung se figea, ses yeux globuleux agrandis par la surprise, ses traits déformés par la haine. Il cherchait visiblement quoi dire, mais Siegfried, qui continuait de s’approcher, l’arrêta :
-Combien de temps encore pensais-tu me cacher la vérité ? Pas seulement au sujet de la création de cet artefact mais aussi à propos de ton implication dans le massacre de tes pairs. Tu t’es bien gardé de me dire que tu étais parti parce que ton frère ne voulait pas partager cette puissance maudite avec quiconque ! Je comprends aussi maintenant pourquoi tu étais si sûr de ma victoire… Les lois des Ase, c’est ça ?
Aussitôt, le forgeron se mit à pâlir, devenant rapidement blanc comme un cadavre, jetant frénétiquement des coups d’œil apeurés autour de lui. Il chuchota aussi distinctement que possible :
-Tais-toi, tu ne sais pas de quoi tu parles !
-Si, Mime, si ! Je sais parfaitement pourquoi toi, aveuglé par la vengeance, m’a recueilli et s’est occupé de moi toutes ces années, rétorqua Siegfried hurlant, se rapprochant toujours plus de son père adoptif.
Après une courte pause durant laquelle les deux êtres se regardèrent, l’homme dévisageant le Nibelung, celui-ci tenta maladroitement de poignarder son interlocuteur, qui attrapa violemment son poignet, la colère durcissant ses traits.
-Tu m’as élevé car j’étais le seul à pouvoir vaincre Albereich ! Tu t’es servi de moi ! Pas même une seconde tu ne m’as regardé comme ton fils ! Simplement comme un objet ! Tu as trahi ton peuple, mais aussi les deux personnes qui t’estimaient le plus au monde… Tu ne mérites pas ce cadeau qu’est la vie et que tu persistes à vouloir détruire !
A ces mots, Siegfried plongea le poignard rouillé dans le cœur de Mime, déchirant la chair et brisant les os, tuant l’être vicié sur le coup. Il regarda ensuite l’anneau. Ce simple bout de métal valait-il la peine que l’on se batte pour lui ? Plus personne ne le ferait, espérait-il.
Le héros sortit de la montagne après avoir scellé l’accès de la salle du trésor dont il avait prélevé quelques pièces d’or et pierres précieuses dans un sac de cuir, qu’il portait sur son épaule.
En respirant l’air frais de l’extérieur, il rumina sa rencontre avec Mime. Si son père adoptif avait été aveuglé par la vengeance, le guerrier avait lui été aveuglé par sa colère. N’ayant jamais éprouvé des sentiments de pitié, d’admiration, de compassion et de dégoût aussi prononcés, il s’était laissé embarquer par ses émotions et ainsi avait abandonné toute raison au profit de la colère. Il s’en voulait de l’avoir tué ainsi, sans autre forme de procès, tout en sachant qu’il n’aurait de toutes les manières pas pu faire autrement. De plus, même si les souvenirs d’Albereich étaient moins présents maintenant, les plus marquants d’entre eux, c’est-à-dire les plus écœurants, perduraient, les horreurs perpétrées par le dragon hantant son esprit.

Un fois rentré au village, il fut acclamé par tous ses habitants qui n’étaient pas occupés aux travaux de ferme. Ils firent une immense fête en son honneur, hurlant leur joie d’être enfin libérés du fléau. Ces réjouissances aidèrent le guerrier à se remettre de ses émotions, en plus de lui faire découvrir les meilleurs côtés de la vie humaine. Il mangea et but comme jamais, riant avec les villageois qui promirent une maison ainsi qu’une place parmi eux. Des messagers avaient été envoyés aux villages les plus proches pour les informer de la chute de Fafnir, déclenchant ainsi sur plusieurs jours de nombreux banquets arrosés à flots de bière, d’hydromel et de sang de gibier. Quelques jours passèrent, durant lesquels Siegfried put se reposer ou flirter avec Ysolda, fille d’un fermier local.
Il savait désormais très bien, puisque Nibelungs et humains partageaient leur mode de reproduction, ce que serait la suite logique de ces rendez-vous et échanges. Mais il se sentait si bien aux côtés de la belle Ysolda que plus rien n’avait d’importance. Blonde aux yeux bleus, comme la majorité des autres filles, un petit nez droit et fin, une bouche rieuse et pulpeuse dont les lèvres rouges contrastaient avec sa peau laiteuse,  et elle avait le don de le faire éclater de rire. Siegfried s’apercevait, après chacune de ses rencontres avec elle, combien il avait mûri depuis son combat. Il continuait de s’entraîner à l’épée sur des troncs d’arbres, suivant les mémoires d’Albereich qui avait été un soldat, et pas des moindres. Il pratiqua ainsi seul des bottes et des techniques, qu’il cherchait toujours plus à perfectionner. Le guerrier avait aussi adopté la coutume, à la fin de chaque journée d’entraînement, de s’assoir sous la même petite chute d’eau fraîche, posant son épée sur ses genoux et ses mains sur le pommeau et la lame de l’arme, essayant de comprendre d’où venait cette force qui lui avait permis de trancher l’enclume de Mime et les écailles de Fafnir. A force de s’isoler dans cette méditation avec sa lame, le liquide froid coulant de sa tignasse rouge jusque sur le reste de son corps, il finit par sentir quelque chose émaner de l’arme. Plongé dans la fraîcheur de l’eau, il pût sentir, après quelques mois, une sorte de chaleur émaner de l’arme. Se focalisant dessus, il parvint, après quelques semaines d’entraînement, à mieux appréhender cette sensation, qui était plus douce encore que les mains d’Ysolda sur son visage, que ses lèvres sur les siennes. Quelques jours plus tard, alors que Siegfried se concentrait sur ce nouveau sentiment, qu’il sentit quelque chose d’inhabituel. Il ouvrit immédiatement les yeux, sur un monde bien loin de la cascade dans l’orée de sa clairière. En effet, le ciel était blanc, le soleil noir et les arbres gris donnaient l’impression d’avoir étés plantés à l’envers. Ne sentant plus l’eau coulait sur son corps, il se releva et chercha son épée du regard, car elle avait disparu. Le guerrier, perdu, se retourna et vit alors un immense cerf, avec une des bois énormes qui formaient presque une couronne autour de la tête de l’animal, droit et fier.
-Salutations, Humain, résonna une voix profonde et puissante dans la tête de Siegfried.
Ce dernier ne croyant pas, au départ, que la voix puisse venir du cerf, il chercha de ses yeux d’or un autre être dans cette forêt étrange, puis se résigna à répondre, en regardant le cerf qui le dépassait d’une bonne tête humaine :
-Salutations, Cerf.
-Je ne suis pas un cerf. Je suis ton épée.
Devant le sourcil arqué de l’homme, l’être continua :
-Nous ne sommes pas dans un endroit réel. Nous sommes en train de nous parler dans ce que tu pourrais appeler un rêve, en quelque sorte. Si je te parle, c’est parce que tu t’es rendu capable de communiquer avec moi, autrement qu’en me demandant inconsciemment du soutien comme tu l’as fait contre Fafnir, ou en imposant ta puissance à la mienne comme chez Mime.
-Très bien. As-tu un nom ? De manière à ce que je puisse t’appeler lorsque j’aurais besoin d’aide ?
-Et tu en auras besoin très bientôt, crois-moi. Je suis Gram. Si tu le désires, tu peux t’entraîner ici, avec moi, plutôt que seul avec les souvenirs d’Albereich. J’ai connu des guerriers autrement plus expérimentés qu’il ne l’était.
Une idée traversa soudain la tête de Siegfried, qui demanda à Gram :
-Peux-tu me parler de mon père ?
-C’était un preux guerrier. Je ne peux malheureusement pas t’en dire plus sur lui.
-Pourquoi pas ?
-Parce que quelque chose m’en empêche. Je ne parviens pas à savoir quoi.
-Je vois, fit le guerrier, déçu, avant qu’il ne rajoute, retrouvant sa bonne humeur habituelle : Ce n’est pas grave. Je viendrai m’entraîner avec toi désormais, Gram !
Le monde autour de lui se vaporisa, l’eau coula de nouveau sur ses épaules et le contact avec Gram, qui bouillait sur les genoux de Siegfried, fut rétabli. Siegfried rentra dans la vieille maison un peu délabrée que les villageois lui avaient offerte, car elle n’avait plus d’habitants depuis la mort de son dernier propriétaire, un vieillard sans héritiers. Ce qu’il venait de faire aujourd’hui le transportait de joie, presque autant que son premier baiser avec Ysolda, quelques semaines auparavant. Les traditions voulaient qu’ils soient mariés au printemps, c’est-à-dire dans six mois. Il avait hâte. Une vie normale, loin des dragons et des combats dantesques, même si l’adrénaline du combat lui manquait, provoquant un vide qu’il tentait de combler en aidant les gens du village dans leurs tâches. On lui demandait son aide notamment pour les travaux de forge et de charpenterie, lui permettant ainsi d’entretenir sa musculature tout en lui apprenant des choses simples et agréables, qu’il n’avait pas connues lorsqu’il était avec Mime, ce dernier refusant catégoriquement qu’il touche à ses outils pour une raison inconnue. Il aidait aussi parfois l’intellectuel du village en l’aidant à ranger ses livres, surprenant le vieil homme par sa capacité à lire, l’une des rares choses que son père adoptif ait daigné de lui apprendre, entraînant du même coup l’écriture, que Siegfried avait appris à maîtriser seul d’après les modèles dans les livres en langue humaine de Mime. C’est aussi de là que venait le semblant de culture dont disposait le guerrier, même s’il doutait aujourd’hui que ces livres de son enfances aient vraiment appartenu à Mime, à l’instar de la maison, dont la construction globale lui rappelait surtout les chaumières du village, hormis pour ce qui était de la forge. Aujourd’hui, il semblait évident que le Nibelung avait trouvé cette maison et s’y était installé.
Mais cela importait peu, cela était du passé.
Siegfried coulait ainsi des jours tranquilles et heureux, alternant ses journées d’entraînement avec Gram qui lui montrait ce qu’il avait acquis de ses précédents manieurs, et les villageois qui lui montraient tous les rudiments de la vie humaine en société. Il s’était fait de nombreux amis, et rares étaient ceux qui ne pouvaient pas le supporter, car il faisait de gros efforts pour s’adapter à cette nouvelle vie. Le capitaine de la garde, notamment, ne pouvait pas le supporter. Cet homme orgueilleux ne tolérait pas que Siegfried puisse débarquer ainsi et lui voler son rôle de protecteur du village. Il s’était un peu plus ouvert au guerrier depuis que celui-ci avait rejoint la garde du village, acceptant ainsi le code d’honneur propre aux soldat ainsi que les rituels spéciaux, comme le limage des dents en pointe, pour effrayer les ennemis, ou la coupe des cheveux, bien que ceux du combattant aux yeux d’or soient déjà suffisamment courts. L’épreuve du limage des dents fut particulièrement douloureuse, et la dentition de Siegfried fut très sensible pendant plusieurs semaines, avant que cela se calme progressivement. Il aimait bien ses nouveaux crocs, même si ils lui donnaient vraiment un air malsain quand il souriait un peu trop.
Chose curieuse, le village ne possédait pas de nom ; en effet, les colons qui s’étaient installés là ne voyaient pas l’intérêt de nommer un village qui n’avait pas d’espoir de survie. Mais maintenant que Fafnir était mort, la question d’un patronyme se posait, question à laquelle personne n’avait fourni de réponse acceptable.
Et malheureusement pour ses habitants, la solution ne fut pas trouvée par l’un d’eux.

La date du mariage avançait, la saison changeait peu à peu, tout allait pour le mieux. Siegfried, comme à son habitude, partit tôt le matin pour rejoindre son sanctuaire, où il s’entraînait avec Gram. Il s’exerça jusqu’à midi environ avant de retourner, calme et détendu, vers le village. Avant même d’être sorti du bois, il sentit une odeur inhabituelle. Dans cette journée du commencement de l’hiver, sentir une odeur de feu de cheminée n’était pas étrange. Mais sentir cette odeur de manière prononcée, aussi loin en retrait des bâtiments, était étrange. Mû par un pressentiment, le guerrier se rua hors du bois en courant ; le spectacle qu’il découvrit lorsque les arbres n’obstruèrent plus sa vision était digne de ses pires cauchemars. Le village brûlait. Non seulement il brûlait, mais des combats avaient se déroulaient entre les gardes et quelqu’un d’autre. Il ne lui en fallut pas plus pour dégainer la lame qui pendait à sa ceinture, avant de courir aussi vite que possible en direction de son foyer. Arrivé à mi-chemin,  il put enfin distinctement distinguer les combats : il distingua le casque à plume du capitaine, la cape bleue de ses hommes, qui faisaient front, avec quelques autres hommes du village, contre des ennemis arborant des armures dorées, afin de défendre les villageois derrière eux, dans le minuscule bastion du bourg, simple mur de pierres entourant une tour de bois. Siegfried accéléra, serrant la poignée de Gram jusqu’à s’en faire blanchir les jointures, et bondit par-dessus le mur de pierre qui coinçait les villageois, atterrissant parmi eux. Il tomba directement sur Ysolda, ce qui le rassura un peu, et lui dit :
-Essayez de grimper ce mur. Cet endroit n’est pas sûr. Fuyez.
Le guerrier se releva ensuite promptement, et courut vers la garde, bousculant les villageois sur son passage.  Lorsqu’il arriva aux combats, la moitié de la garde n’était déjà plus et gisait au sol, tandis que l’autre moitié se défendait comme elle pouvait, cherchant à tout prix à interdire l’accès de la toute petite forteresse derrière eux. Il écarta un soldat blessé qui combattait toujours et prit sa place sur le front, attaquant son adversaire aussi férocement qu’il le pouvait. Celui-ci, surpris de son intervention, finit bien vite avec une lame en travers de la gorge, avant de se faire remplacer par un camarade. Ils possédaient tous les mêmes tenues, les mêmes heaumes stylisés, derrière lesquels, à la très grande surprise de notre guerrier, scintillaient de féroces yeux dorés, assortis à leurs armures et tenues, les mêmes que les siens. Pourtant, il avait cru comprendre de la bouche des voyageurs qui faisaient des haltes dans la taverne que ces yeux étaient uniques. Sauf qu’il avait un groupe entier de soldats aux yeux dorés devant lui. Mais l’heure n’était pas à l’admiration des yeux d’autrui. Tandis que son ennemi levait son épée en pensant lui porter un coup fatal, il le décapita avant de pivoter brusquement pour transpercer l’un des trois ennemis qui s’attaquaient au capitaine, lequel se défendait comme un beau diable. Siegfried ne s’attarda pas, voyant que son allié à plume pouvait très bien, à priori, s’occuper de deux ennemis, et vola au secours de ses autres camarades plus en difficultés, tuant deux adversaires de sa lame tourbillonnante avant d’embrocher un, puis deux, puis trois soldats dorés qui menaçaient ses amis. Il se retourna ensuite brusquement vers la masse d’ennemis, qui le regardaient avec un intérêt accru, une mèche de cheveux carmin plaqué sur son front, une lueur féroce brûlant dans ses yeux. A la vue de ceux yeux implacables, il vit plusieurs soldats reculer d’un pas en se crispant.
Siegfried, lui, avança, arborant un sourire carnassier accentué par ses dents limées. L ne pouvait pas le nier, il aimait ça. L’odeur du sang et des braises, le contact de Gram dans sa main. Il se sentait comme lorsqu’il faisait face à Fafnir ; il se sentait bien. Son sourire s’étira encore un peu plus, lorsqu’il chargea brusquement cette armée silencieuse en hurlant à pleins poumons. Son envie de les tuer pour ce qu’ils avaient fait grandissait d’instant en instant. Son nouvel adversaire, trop lent, s’écroula sans même avoir levé son arme, sa tête roulant par terre avec son glaive, son voisin ne tardant pas à le rejoindre dans l’au-delà lorsque Gram se ficha dans son torse.  Ils commençaient enfin à réagir, alors que le capitaine et ses hommes venaient d’en finir avec les leurs. Huit hommes vinrent rejoindre Siegfried dans sa charge. Devant eux, vingt hommes dans leurs armures dorées les attendaient, tenant fermement leurs épées et boucliers. Gram voltigeait, traversant chair et os, désormais extension du bras de son maître déchaîné qui fracassait crâne et boucliers. La férocité du pourfendeur de dragons donna de cœur à ses compagnons, qui redoublèrent d’ardeur,  faisant désormais perdre du terrain à la vingtaine d’hommes dorés devant eux. Malgré tous leurs efforts, trois des soldats tombèrent sous les coups ennemis et deux de plus furent sérieusement blessés. Le camp des défenseurs, désormais réduit à trois, continuait pourtant à faire reculer leurs assaillants et Siegfried fendit bien vite le casque et le crâne du dernier opposant.
Couvert de sang, mais pas le sien, tout juste égratigné au niveau du genou, Gram teintée de rouge de sa pointe jusqu’au pommeau, la chevelure trempée de sueur et maculée d’un peu de cervelle, le guerrier aux cheveux de sang faisait peur à voir. Ses camarades aussi, mais dans un sens tout différent ; le capitaine, Jom, avait perdu son casque et une longue estafilade traversait sa joue, tandis qu’Ergnir semblait avoir une épaule démise. Des deux autres encore en vie, un seul était toujours conscient et se tordait de douleur au sol, vociférant et agrippant son avant-bras, qui n’était plus relié au coude que par un muscle. Au sol gisaient les cadavres de leurs autres camarades, ainsi que ceux de leurs adversaires. Jom, de sa grosse voix, appela les villageois pour les aider avec les blessés. Siegfried s’adossa à un mur, en regardant les habitants de ce petit bourg s’affairer pour éteindre ce qu’il restait de leurs maisons, ramasser les deux estropiés. Il récupéra son souffle quelques secondes, avant de rengainer Gram et partir se rendre utile, après avoir vu Ysolda saine et sauve.
Le lendemain, certaines bâtisses brûlaient encore, alors que tout le monde avait passé la journée puis la nuit à essayer d’éteindre les flammes, sans succès. La taverne notamment brûlait toujours, de même que la bibliothèque, au grand désespoir du vieil érudit qui pleurait ses précieux ouvrages partis en fumée. Les pertes se révélaient lourdes : sur les cent cinquante-quatre villageois, seule une centaine en avait réchappé et leur stock de provisions avait été relativement entamé par les flammes. Un peu plus de cinquante morts, parmi lesquelles le jeune soldat blessé qui était inconscient après la bataille et qui avait fini par succomber de ses nombreuses blessures. Plus personne ne disait un mot dans le village en raison du choc, de la fatigue, ainsi que de l’odeur de chair brûlée du tas de cadavres ennemis se répandant dans tout le village, s’ajoutant ainsi à celles de cendres et de sang déjà présentes. Siegfried mangea aux côtés d’Ysolda, sur la grande table que l’on avait dressée pour célébrer la mémoire de ceux qui étaient tombés. Personne ne parla en dehors des quelques-uns qui prirent la parole pour rendre un dernier hommage aux morts. Le repas était frugal, mais les vivres pour l’hiver avaient été entamées, l’heure n’était pas au gâchis. Lorsqu’ils eurent fini de manger, tous retournèrent aider là où ils le pourraient réparer le village.
Siegfried aidait les parents de sa fiancée à reconstruire leur toit, lorsqu’un éclair doré frappa le centre du village. Aussitôt, une femme hurla, suivie par une autre, et le guerrier vit des gens accourir, d’autres fuir. Il posa la poutre qu’il portait, vérifia de sa main que Gram était toujours à sa ceinture, et regarda Ysolda les sourcils froncés :
-Je reviens. Au moindre signe de danger, réfugie-toi avec tes parents dans la cave.
Elle acquiesça, des larmes perlant aux coins de ses yeux et serra son futur époux dans ses bras, qui partit en courant après avoir déposé un baiser sur ses lèvres.
En quelques foulées il se trouva sur la place centrale et ce qu’il y découvrit faillit lui faire lâcher son épée.
Une trentaine des mêmes soldats dorés qui les avaient attaqués la veille avançaient en bloc compact, boucliers levés, vers une foule d’hommes du village qui s’étaient armés de ce qu’ils pouvaient, et qui se tenaient derrière le capitaine sans ses plumes et l’autre soldat survivant, qui n’avait plus qu’un bras et un moignon, tenant son épée courte de la main gauche. Siegfried n’ayant pas été vu, il décida de faire discrètement le tour, alors que le capitaine essayait de parlementer, sans succès, avec les attaquants. Une fois son contournement effectué, le pourfendeur de dragon s’avança prudemment, épée en main, vers les soldats aux armures d’or. Le cliquetis métallique de leurs tenues couvrit son approche, et l’effet de surprise obtenu lorsqu’il plongea Gram dans le dos de l’ennemi le plus proche fut total. Les camardes de ce dernier, alertés par les borborygmes ensanglantés de leur compagnon, firent volte-face, mais ne purent empêcher trois morts supplémentaires. Une partie d’entre eux encercla cependant Siegfried, et l’un des soldats sortit du rang, présentant ses paumes vides :
-Salutations, guerrier ! Nous avons beaucoup entendu parler de toi.
-Qui êtes-vous et pourquoi en voulez-vous à ce village ?, vociféra le guerrier en guise réponse.
Devant l’agressivité manifeste de son interlocuteur, le soldat en armure dorée enleva son heaume, révélant un visage fin et élégant, libérant ses longs cheveux blancs et son sourire chatoyant.
-Nous faisons partie du clan des Ase.
Siegfried écarquilla les yeux à ce nom, puis les plissa, méfiant :
-Qu’est ce qui me le prouve ?
-Nous avons les mêmes yeux que toi et tu avais sans doute des cheveux comme les nôtres avant que tu combattes Fafnir.
-Vous êtes au courant, pour Fafnir ?
-Bien sûr, puisque tout avait été orchestré afin que tu le vainques. Nous sommes venus te chercher et te ramener chez toi, mon garçon. Range donc cette épée et viens avec nous.
-Pourquoi avez-vous attaqué ce village ?
-Ces… déchets ne sont pas dignes de ton rang, jeune homme. Il nous fallait les éradiquer pour avoir tenté de t’assimiler.
Incapable de comprendre le raisonnement de l’inconnu, Siegfried resta un moment à réfléchir en fronçant les sourcils, avant que le soldat n’adresse un signe de tête aux hommes qui n’encerclaient pas le guerrier aux cheveux de sang, qui se répandirent partout dans le village, massacrant tous les villageois sans défense qu’ils trouvaient. Oubliant toute négociation, Siegfried se rua vers son interlocuteur pour briser l’encerclement et venir en aide à ses amis, mais celui-ci tira son épée, para son coup et le frappa à la joue du plat de sa lame de toutes ses forces, envoyant notre guerrier, pourtant robuste, au sol. Celui-ci, sonné, tourna la tête vers la droite au moment où le capitaine de la garde, agenouillé et ensanglanté, recevait un coup fatal dans la nuque. Cela fit bouillir Siegfried, qui dans un élan de rage, se releva et voulu courir pour rejoindre les villageois, qui étaient quasiment sans défense contre ces soldats entraînés, mais il fut stoppé une nouvelle fois par le même homme.
-Tu ne vas nulle part, jeune homme. Tu vas nous accompagner. Laisse donc ces misérables mourir. Ils sont faits pour ça.
A ces mots, le guerrier aux cheveux de sang bougea simplement son bras armé, trop vite pour qui quiconque puisse le voir, tranchant la lame mais aussi le torse de son agaçant adversaire, qui afficha un regard surpris avant d’expirer. Les sourcils froncés, un rictus de colère figé sur le visage, il hurla sa rage à pleins poumons en faisant virevolter Gram, qui traversa les chairs de tous les fous en armure dorée qui osaient l’approcher. Sitôt qu’il en eût fini avec les ennemis qui l’encerclaient, il se retourna vers le groupe de villageois, et écarquilla les yeux.
Il n’y avait plus ni groupe, ni village. Devant lui, les maisons, le grenier, la taverne, les baraquements et l’auberge brûlaient, leurs habitants couchés sur le sol, le regard vide et la bouche ouverte dans un dernier râle d’agonie. Les combattants dorés, qui s’étaient retournés vers lui, ouvraient grand leurs bras en riant, l’invitant à venir avec eux.
Les souvenirs d’Albereich se superposèrent à ce qu’il voyait ; ce n’était ni plus ni moins qu’un massacre auquel il assistait et cela le mettait hors de lui. Cependant, il préférait croire qu’Ysolda était saine et sauve. Dans tous les cas, ces prétendus Ase étaient déjà revenus une fois. Qu’est ce qui les empêchait de revenir ? S’il n’allait pas avec eux, ils reviendraient encore et encore jusqu’à ce que qu’il cède. C’est, du moins, le sentiment qu’avait Siegfried. Il n’avait aucune garantie de la survie d’Ysolda. Mais si elle était en vie, ce qu’il espérait, il réalisait maintenant qu’elle ne serait pas en sécurité à ses côtés. Cela lui déchirait le cœur, mais il devait la quitter.
Ayant fermé les yeux pour de ne pas voir le tas de cadavres, afin de mieux réfléchir, il les rouvrit avec une détermination et une conviction nouvelle : il vengerait la mort de ses amis et camarades, puis il reviendrait retrouver Ysolda. Tentant d’afficher un sang-froid parfait, il rengaina Gram et marcha vers la dizaine de soldats dorés restants :
-Allons-y, leur fit-il avec d’une voix qui se voulait froide, mais qui vibrait de colère.
Siegfried se demandait tout de même ce qu’il pouvait avoir de particulier pour les Ase, au point qu’ils sacrifient une cinquantaine de leurs hommes pour venir le chercher. Albereich ne savait rien à ce sujet ; il ne connaissait que les mythes et les légendes, qui parlaient d’Odin, de Thor, d’Asgard et du Walhalla, des dieux souvent guerriers que les Nibelungs, comme les hommes, honoraient par diverses offrandes et sacrifices, qui se présentaient sous de nombreuses formes. Ces soldats qui se présentaient comme étant des Ase, étaient-ils les mêmes que ceux des histoires ? Ou bien étaient-ils totalement différents ?
Pour ce qu’il pouvait en juger, ils n’étaient pas des soldats formidables ; lui-même n’avait pas commencé son entraînement depuis longtemps, mais il n’avait pourtant aucun mal à parer leurs coups et traverser leurs gardes. Il n’avait pas vu de choses qui sortaient de l’ordinaire lors des combats, hormis cet éclair de lumière dorée. Quoi qu’il en fût, Siegfried restait tout de même sur ses gardes. Il résista à l’envie de tuer ces monstres aux yeux dorés qui se félicitaient en riant de cette purge, sans même accorder un seul regard aux cadavres des leurs. Ils répugnaient Siegfried au plus haut point, tout son corps hurlait vengeance.


Dernière édition par Siegfried Ase le 08.11.14 4:08, édité 2 fois

Siegfried Ase
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Re: Siegfried Ase, le Guerrier [Terminée!]

Message par Siegfried Ase le 08.11.14 4:03

Soudain, alors qu’ils se massaient un peu à l’écart des corps, l’un des soldats leva son épée vers le ciel en hurlant :
-Heimdall, nous revenons !
Aussitôt, un éclair de lumière éblouissant les frappa et pendant plusieurs secondes Siegfried ne vit qu’une succession folle de couleurs autours de lui, ne sentant plus ni murs ni air.
Sans comprendre ce qu’il se passait, il flotta dans cette océan de couleurs, jusqu’à ce qu’il débouchent dans une pièce aux murs entièrement couvert d’or et décorés de riches et complexes gravures. Agenouillé et à deux doigts de rendre son maigre déjeuner, la colère ayant laissé temporairement place à la nausée, l’homme aux cheveux rouge se releva avec un regard froid et déterminé. Il voulait comprendre ce qui c’était produit. Il voulait entendre les raisons qui pouvaient pousser des hommes à en agresser d’autres. Pendant qu’ils marchaient sur une route pavée de briques d’or, Siegfried regardait le nouveau paysage ; flottant au milieu du ciel sur des nuages d’un blanc laiteux, baignée par la lumière du soleil, trônait une citée majestueuse construite sur le même modèle que la salle où ils se trouvaient un peu avant. Les envies du meurtre du guerrier s’évanouirent lorsqu’il contempla ce spectacle ahurissant et déroutant ; il ne les oubliait cependant pas, au contraire, mais se raisonnait désormais, attendant de trouver les vrais coupables dans cette ville qui semblait immense avant de dégainer son épée. Au bout de la route, sorte de pont à ciel ouvert s’appuyant sur des nuages, un groupe de personnes en armure les attendaient avec un grand sourire. Au centre de ces gens, trois personnes se détachaient du lot ; un blond colossal, dont les muscles saillants transparaissaient sous sa cotte de maille dorée et dont le lourd marteau de guerre pendait à la ceinture, une femme aux cheveux argentés, fine et gracieuse, vêtue de tissus aussi volatiles que de l’air et enfin, un homme aux cheveux platines, trônant sur un cheval à huit jambes, tenant fermement une lance, qui le regardait venir avec son seul œil, deux corbeaux perchés sur ses épaules.
Un sentiment de puissance irradiait de ces trois-là en particulier, mais il percevait d’autres entités puissantes dans le tas. Alors qu’il examinait les visages, sourcils froncés, pour essayer de déterminer la culpabilité de chacun dans ce qui était arrivé dans son village, le vieux borgne le sortit de sa réflexion en sautant de sa monture et en écartant les bras pour l’accueillir :
-Siegfried ! Sois le bienvenu ici, chez toi ! Je suis Odin, seigneur et maître de ces lieux et de toute chose !
Légèrement réticent, en partie à cause de la méfiance qu’il percevait de la part de Gram, le porteur de cette dernière se prêta néanmoins au jeu autant qu’il put, affichant un sourire de vitrine et ouvrant lui-même les bras en allant à la rencontre de ce borgne. Ils s’étreignirent avec force, avant que l’homme au marteau ne s’approche et lui tende le bras :
-Je suis Thor, fils d’Odin, se présenta-t-il.
Siegfried lui empoigna la main et la serra virilement. Thor serra sa main de manière trop forte, avec une nette lueur mauvaise dans les yeux et le manieur de Gram y répondit instinctivement en serrant plus fort encore que lui. Aucune émotion ne traversa cependant le visage de son rival, qui se dégagea au bout de quelques secondes. La femme s’avança ensuite pour, semblait-il, calmer les deux hommes musculeux, déclinant son identité d’une voix douce et cristalline, sans se séparer de son sourire envoûtant :
-Je suis Freya. Puisses-tu être chez toi ici.
Siegfried ne ressentit pas le besoin particulier de répondre aux trois personnages, puisqu’à l’évidence ils le connaissaient déjà. S’ensuivit ensuite une série de présentations plus ou moins sincères, venant de personnes qui possédaient toutes les mêmes yeux d’or que lui et des cheveux toujours blonds ou blancs ; s’identifièrent ainsi Tyr, Heimdall, Bragi et d’autres aux noms moins mémorables. Il faisait, à vrai dire, un peu tâche dans ce paysage doré ; équipé d’une armure d’acier sommaire, vêtu d’une cape rouge assortie à ses cheveux et de cuir bouilli noir, il semblait ne pas avoir sa place dans ce monde doré qui semblait pourtant chercher à l’accueillir. Le guerrier était en pleine réflexion ; ces hommes et femmes s’étaient présentés sous les noms des divinités adorées par le commun des mortels. Étaient-ils vraiment des dieux ? Durant cette période de questionnement, tout le groupe traversa la ville, les habitants les saluant sur leur passage. C’est à cette occasion que Siegfried remarqua un détail étrange ; tous étaient armés. De la femme à la plus frêle au vieillard le plus croulant, tous possédaient au minimum une épée courte dorée suspendue dans leur dos ou à leur ceinture, lorsque ce n’était pas une hache ou une autre arme. Cela troubla un peu notre guerrier, mais celui-ci préféra rapidement se concentrer sur les bâtiments. Il n’aurait su dire s’ils avaient étaient construits en or ou simplement recouverts, mais l’impression de majesté qui s’en dégageait, accentuée par la présence de gravures, de symboles, de marbres et de pierres précieuses crevait presque les yeux et insupporta très vite Siegfried qui préférait les petites maisons simples en bois et en pierre dans lesquelles il avait vécu ces derniers mois. Autre fait que Siegfried releva, l’absence d’enfants. Il n’y avait aucun bambin, nulle part. Mais il ne s’en inquiéta pas trop.
Bientôt, ils arrivèrent à un large escalier, bordé de brûloirs, au bout duquel se trouvait une immense porte gardée par deux escouades de soldats semblables à des statues. Odin lâcha la bride de sa monture et poussa les deux lourds battants de la porte, qui s’ouvrirent sur une salle immense alternant une blancheur immaculée de la roche avec l’éclat doré du métal, conjuguant gravures et fresques, entrée de l’immense palais qui dominait le reste de la ville. Ensemble, ils marchèrent jusqu’au trône, tout au fond de la longue salle, qui était parfaitement éclairée par un procédé mystérieux. Là se dressait une grande table, entièrement recouverte d’aliments et de mets qui semblaient succulents et desquels se dégageait une odeur alléchante. N’ayant pas la tête à banqueter, Siegfried s’assit néanmoins à la place que lui indiquait Odin, c’est-à-dire à la droite de Freya, elle-même à la droite du borgne.
Il ne comprenait pas ces gens. Ils agissaient comme s’ils le connaissaient depuis toujours, comme s’il faisait partie de leur famille. Cette incompréhension fit naître un sentiment étrange chez le guerrier ; il ne put s’empêcher d’être méfiant envers tous ceux qu’ils côtoyaient. Après quelques demi-heures de fête bien arrosée, il se résolut à éclaircir la situation, et se tourna vers Freya :
-Pourquoi cette fête ? Qui suis-je pour vous ?
La femme lui répondit, avec un sourire bienveillant :
-Tu es le petit fils d’Odin, voyons ! Et ce banquet est en ton honneur, Siegfried ! En l’honneur de ta victoire contre Fafnir et pour célébrer ton retour parmi nous !
-Retour ? Quand suis-je parti ?
-Tu es parti il y a des années de cela, tu n’étais alors qu’un bébé… Cela a déchiré le cœur de ton grand-père.
-Où sont mes parents?
-Ils sont morts… Ils cherchaient à fuir quelqu’un, mais cette personne les a rattrapé et les a tués.
-Qui est-ce ?
-Il se nomme Loki. C’est un infâme traître, et il vit dans Utgard.
-Loki….
Pour Albereich comme pour les villageois qu’il devait venger, Loki était le dieu de la trahison et des mensonges.
C’est sur un ton plus sérieux et plus froid encore que le guerrier se décida et demanda à son interlocutrice :
-Freya, savez-vous pourquoi les soldats qui sont venus me chercher ont-ils détruit le village dans lequel je vivais ?
La femme prit un court temps de réflexion avant de répondre :
-Ce n’était pas des villageois ordinaires, mais des créations de Loki. Ses hommes de main. Ils attendaient que tu baisses ta garde pour pouvoir te tuer.
Cette réponse fit froncer les sourcils de Siegfried, qui, en son for intérieur, réfléchissait à cent à l’heure.
Tout ce que disait Freya avait du sens et collait parfaitement. Ses souvenirs et ses sens hurlaient pourtant au guerrier l’exact contraire. Il avait ri avec Ysolda, l’avait embrassé. Dans tous les cas, il devait voir ce Loki, dieu ou pas. Il jeta un coup d’œil aux alentours : tous étaient trop occupés à faire la fête, à chanter ou à manger pour faire attention à lui.
-Pouvez-vous m’indiquer un chemin vers Utgard ?
Manquant de recracher son vin, la femme le regarda avec de grands yeux, avant de reprendre son expression habituelle.
-Tu es comme ton grand-père… Faire tout, tout de suite. Tu n’iras pas seul, mais avec l’une de nos meilleures guerrières. Elle te guidera jusqu’à Utgard.
La femme ferma un instant les yeux, puis fixa le guerrier avec un regard impénétrable :
-Je l’ai prévenue, elle t’attend derrière les portes. Va, Siegfried, et reviens en vie.
Laissant le banquet derrière lui, sa cape rouge un peu noircie et déchirée flottant derrière lui, le guerrier fonça vers les portes, bien décidé à découvrir la vérité. Près de la porte l’attendait en effet une guerrière en armure d’argent portant un casque avec des ailes d’où dépassaient de longs cheveux blancs. Les deux pépites sous le casque le regardaient approcher en étincelant.
-Salutations, Siegfried. Je suis Brunhilde, Walkyrie.
-Salutations, Brunhilde. Quand partons-nous ?
-Dès que tu seras disposé à y aller. Cependant, même si la route sera courte, je te conseille de bien t’équiper, car cela sera dangereux.
-Je suis équipé, allons-y.
La jeune femme, qui semblait avoir l’âge du guerrier, poussa juste assez l’un des battants de la lourde porte dorée pour les laisser passer, avant de la refermer derrière eux sous le regard inquisiteur des gardes qui n’avaient toujours pas bougé.
Ils traversèrent la ville dans le sens inverse, retournant vers la salle où Siegfried était arrivé, que Brunhilde appelait « Salle du Bifrost ». Le guerrier vit avec surprise que l’homme aux yeux d’or qui s’était présenté à lui comme étant Heimdall gardait l’endroit, aussi immobile qu’une statue.
-Vous allez à Utgard. Je vous laisse passer, à la seule condition que vous soyez prudents.
-Nous le serons, Heimdall, n’aie crainte.
-Tant que Loki sera en vie, nous devons nous attendre au pire. Je cesserai de m’inquiéter lorsqu’il expirera son dernier souffle.
A ces mots, un flash éblouissant les emporta, leur faisant traverser le même océan de couleurs. La sensation fut cependant moins désagréable pour Siegfried qui savait désormais à quoi s’attendre.
L’arrivée fut cependant bien différente ; ils posèrent leurs pieds sur une roche recouverte d’une épaisse couche de poussière grise assortie à la couleur des quelques arbres morts autour d’eux. Malgré le ciel noir dans lequel ne brillait aucun astre, le monde autour des deux compagnons était baigné d’une lumière surnaturelle. Aucune ombre ne prenait naissance dans les contours torturés des roches alentours. Ce qui surprit le plus le guerrier fut la composition du paysage ; constitué de plates-formes rocheuses de diverses tailles, parfois reliées entre elles par des ponts aériens en pierre, souvent isolées et entourées de roches plus petites. Cela composait un paysage à la fois chaotique et sinistre qui flottait dans un univers noir. Il n’y avait ni ciel, ni terre. Seulement du vide.
-Bienvenue à Utgard. Fais attention à ne pas tomber.
Brunhilde avança prudemment, suivie de près par Siegfried qui détaillait chaque élément du décor. Il respira un grand coup pour profiter de l’air étrangement frais et il eut la sensation d’avoir renfilé de la poussière. Se retenant d’éternuer, il décida de ne pas recommencer. Brunhilde avançait comme si elle savait précisément où aller et ils traversèrent ainsi de nombreuses plateformes, sautant de roche en roche lorsqu’il n’y avait pas de pont. Étrangement, Siegfried ne fournissait aucun effort ; il ne ressentait pas la fatigue, pas plus qu’il ne s’essoufflait.
Après quelques heures de marche, ils sautèrent sur un plateau un peu plus grand que les autres, en contrebas, vers une clairière cerclée de roches et d’arbres morts et que la poussière grise avait épargnée. Le sol, en ce lieu, semblait poli, au point que les deux compagnons virent leurs reflets dans la pierre. Alors que Brunhilde plissait les yeux pour distinguer ce qui se trouvait au-delà de la végétation morte, un rire sonore et malsain se fit entendre.
Dégainant leurs armes, les deux compagnons cherchaient de leurs yeux dorés la provenance de ce rire. Ils n’eurent pas à chercher longtemps, car un homme se matérialisa, en riant, devant eux. S’il avait les yeux dorés, il avait néanmoins la peau grise comme la poussière qu’ils foulaient et de longs cheveux aussi noirs que le ciel qui les surplombaient. Riant à gorge déployée, le personnage étrange s’avança vers eux avec les bras grands ouverts. Ses vêtements amples et sombres, couverts de symboles étranges, flottant de manière surnaturelle derrière lui. Il s’adressa d’un ton jovial au guerrier, qui se tenait sur ses gardes :
-Bienvenue dans mon humble demeure, Siegfried ! Inutile de faire les présentations, chère Walkyrie ; je suis Loki, celui que tout le monde connaît par le surnom affectueux de « traître » et que les mortels bannissent en tant que dieu du mal. Que puis-je faire pour toi ?
Brunhilde allait ouvrir la bouche, mais Loki, en moins d’un clignement d’yeux, bougea de sa position initiale jusqu’à elle et Siegfried eut à peine le temps de le voir poser sa main sur le front de la femme que le sombre personnage avait regagné sa position initiale, toujours souriant, alors que sa victime s’effondrait au sol.
N’osant pas aller vérifier si son équipier était toujours en vie, Siegfried vociféra à l’attention de Loki :
-Que lui as-tu fait ?
-N’aie crainte, elle est toujours en vie. Je l’ai simplement endormie, et elle n’a pas souffert. Elle se réveillera dans quelques temps avec la sensation d’avoir fait un joli rêve. Mais cessons de parler de cette femme. Réponds donc à ma question, très cher demi-beau-petit-neveu. D’ailleurs, je suppose que l’on ne t’a pas prévenu, à Asgard, pour notre lien ténu de parenté ?
Pressentant que Loki ne lui voulait aucun mal, Siegfried rangea son épée :
-Si cela est vrai, pourquoi n’es-tu pas avec Odin et Thor ?
-Justement, Thor et moi sommes complètement différents ; c’est une brute épaisse, mais stupide et, contrairement à moi, il est le vrai fils d’Odin. Je ne suis que le fils adoptif, issu d’une famille ennemie aux Ase. Une sorte d’otage, là pour faire joli. Ainsi, même si ce sont mes parents et mes ancêtres qui ont fait les crimes, c’est à moi qu’on les reproche. Amusant, n’est-ce-pas ?
Le guerrier comprenait dans les grandes lignes ce que lui disait son interlocuteur grâce aux souvenirs d’Albereich, qui avait pu observer des phénomènes de ce genre lorsqu’il était encore un Nibelung, mais ne comprenait toutefois pas, à l’instar du dragon, ce genre de comportements.
-Ce n’est pas parce que les Ase haïssent tes origines que tu es ici, n’est-ce pas ?
-En effet. Si je suis ici, c’est parce qu’à force de me voir détesté par tous sous prétexte de raisons aussi fausses que fantasques, j’ai fini par faire en sorte qu’on me haïsse vraiment et pour une bonne raison. Je suppose que tu t’en fiches, mais pour la petite histoire, j’ai créé l’humanité. Cela a rendu Odin tellement furieux qu’il m’a pourchassé jusque dans les confins des mondes dans lesquels je me réfugiais, jusqu’à ce que je finisse ici.
-Pourquoi ne vient-il pas te chercher ici ?
Loki éclata de rire :
-Parce que je ne suis pas le seul à avoir été chassé par les Ase ! Il y a, ici, même si tu ne les vois pas, des dizaines de groupes qui se sont réfugiés ici, dans cet enfer, pour des raisons diverses et parfois ridicules. J’ai été chassé parce que j’ai permis à des animaux, que je trouvais sympathiques, de penser. J’ai ainsi créé les humains, les Nibelungs et toutes les races qui descendent du même ancêtre. D’autres ici ont étés chassés parce qu’ils ont eu le malheur de déplaire à un Ase, ou simplement parce que ces êtres si supérieurs ne tolèrent pas leur apparence. En plus de ça, le terrain est impraticable ici. Impossible qu’une armée vienne nous chercher sans qu’il y ait d’immenses pertes. Alors, pour l’instant, nous sommes en sécurité ici.
Siegfried digérait les informations données par Loki en fronçant les sourcils. Si ce qu’il disait était faux, cela avait le mérite d’être logique. Si cela était juste, alors ce que lui avait dit Freya était sans doute faux ; ne voyant ni Ysolda ni Freya mentir, il décida de confronter les deux versions :
-On m’a dit que vous aviez tué mes parents.
-C’est bien, tu es direct, j’aime ça. En ce qui concerne tes parents, je ne les ai pas tués. Pour plusieurs raisons ; d’abord, il m’aurait été impossible de le faire, puisqu’Odin me chassait déjà au moment où j’ai connu ton père. Ensuite, même si je l’avais pu, je ne l’aurais pas fait, parce que j’appréciais beaucoup ta mère.
La réaction du guerrier, qui écarquillait les yeux, fit sourire Loki qui retrouva son ton jovial :
-Ta mère et moi, nous nous sommes connus très jeunes, lorsque nous étions enfants. La guerre contre ma famille venait de se terminer, je venais d’être adopté par Odin, Thor et ta mère venaient tout juste de naître. A l’inverse du reste d’Asgard, elle m’a côtoyé pour ce que j’étais vraiment, plutôt que de me détester pour ce que ma famille avait été. Et avant que je ne continue plus loin dans mon récit, tu dois savoir plusieurs choses sur Asgard.
Siegfried attendait la suite tout en restant sur ses gardes. Il signifia d’un signe de tête à son interlocuteur de poursuivre, que ne se fit pas prier :
-Odin est un séducteur de la pire espèce. Il séduit toutes les créatures qu’il trouve jolies, puis les délaisse pour d’autres. C’est ainsi que naissent des enfants illégitimes, qui possèdent à la fois l’apparence de leur père mais aussi une infime partie de sa puissance, sans toutefois hériter de son immortalité. Ces enfants ont le choix, accepter un poste dans l’armée de leur père éternellement ou continuer leur vie loin de lui et mourir. Les mâles peuvent devenir des Einherjar, des guerriers au service de l’armée d’Odin, mais les femmes n’ont pas ce privilège. Elles ne peuvent qu’intégrer les Walkyries, qui sont plus puissantes mais aussi moins nombreuses que leurs frères. La raison à cela est simple ; en échange de plus de pouvoir et de l’immortalité, les Walkyries doivent rester vierges. Dès lors qu’elles renoncent à leur hymen, elles renoncent aussi à la vie éternelle et à leurs pouvoirs. Toutefois, ce sont des guerrières-magiciennes redoutables. Ta mère, notamment, en était une. Ces enfants, moins précieux que les véritables Ase qui ne naissent que très rarement, Thor étant le dernier en date, servent ainsi à grossir les rangs d’une armée servant uniquement de chair à épée.
Loki marqua une courte pause, le regard perdu dans le vague, loin derrière Siegfried, comme s’il voyait autre chose que le noir abyssal de ce monde sinistre.
-Nous sommes devenus de très bons amis. J’appréciais beaucoup sa franchise et son courage et je suppose qu’elle aimait bien mes blagues. Je n’ai jamais vu en elle autre chose que ma sœur, à vrai dire. Nos routes se sont un peu éloignées lorsqu’elle est devenue une Walkyrie pour de bon, tandis que je finissais mon apprentissage des runes, mais nous sommes restés très proches. Lorsque j’ai été forcé de m’exiler, elle a suivi les ordres qu’on lui donnait et est partie avec Odin et la moitié des Ase à ma recherche. C’est lorsque j’étais caché dans Midgard, le monde des Hommes et des Nibelungs, qu’elle a connu ton père. Cela peut être difficile à comprendre pour toi, qui est mortel, mais lorsque l’on vit éternellement, on perçoit le temps différemment, surtout à Asgard, où le temps passe beaucoup plus vite qu’ailleurs. C’est pourquoi Odin a découvert si tard ce que j’avais fait, suffisamment tard pour que naissent les différentes races peuplant Midgard. Ainsi, lors de ma fuite, les humains existaient déjà et c’est de l’un d’eux que ta mère est tombée amoureuse. Les Ase ont mis autant de temps à remarquer sa disparition qu’ils n’en ont mis à détecter mes crimes. Elle a eu le temps d’avoir un enfant, toi, avec cet homme pour lequel elle avait abandonné son rôle de Walkyrie. Fou de rage, Odin les a retrouvés et tués. Cependant, alors qu’il allait planter sa lance dans le nourrisson que tu étais, il a vu un Nibelung qui observait la scène. Cela lui a rappelé que Fafnir était un danger omniprésent pour lui, mais qu’il ne pouvait pas l’attaquer à cause de ses propres lois, il t’a donc confié à Mime afin que celui-ci t’élève dans le plus grand secret des Ase et que tu puisses vaincre le dragon.
Alors que Siegfried allait poser une question sur ces fameuses lois, Loki le devança :
-Les lois des Ases, puisque tu ne dois pas savoir de quoi il s’agit, sont un ensemble de loi auxquelles sont soumis tous ceux qui ont connaissance des Ase de manière directe ou indirecte, c’est-à-dire plus ou moins tout le monde. Elles empêchent notamment un représentant d’une espèce d’en détruire une autre, raison pour laquelle l’armée d’Asgard ne peut détruire l’humanité mais que Fafnir et son frère ont pu massacrer les leurs. Elles sont absolument inviolables, car établies par Odin d’une manière très puissante et connue de lui seul. Quoiqu’il en soit, certains artefacts magiques, puissants et antérieurs aux lois, comme l’Or que tu portes au doigt, permettent de déroger à ces règles. C’est pourquoi l’entité qui se prétend la plus vieille et la plus puissante de l’univers craignait un jeune cracheur de feu, sans savoir que le dit dragon ne pouvait pas se servir de son anneau sans son frère tellement plus simple à tuer. C’est aussi la raison pour laquelle Odin te veux absolument à ses côtés ; tu es excessivement dangereux pour lui, puisque tu as l’anneau, même s’il ne sait pas que tu ne peux pas l’utiliser.
- Vous n’étiez sans doute pas là, lorsque j’ai été confié à Mime. Alors, comment savez-vous tout cela ?
-Je suis relié à chaque créature de Midgard. Nous avons quelque chose en commun, elles et moi. Mon sang, en fait. J’ai rendu l’ancêtre des Alfars, des Hommes et des Nibelungs intelligent en lui donnant mon sang. De fait il y a un peu de moi dans chacune de ces êtres, ce qui me permet de voir ce qu’ils font, de me distraire dans cet enfer ennuyeux. C’est ainsi que j’ai pu te voir grandir par les yeux de Mime, ou te voir triompher par ceux d’Albereich. Joli combat d’ailleurs.
Siegfried était plongé dans une profonde réflexion. Il cherchait à savoir qui croire ; Loki, ou Freya ? Freya lui semblait plus saine d’esprit, mais les arguments de Loki et tout ce qu’il disait était d’une logique implacable. Tout se justifiait et, contrairement à la version de Freya, c’était aussi en accord avec ses sentiments.
Siegfried fit le choix de croire Loki. Le personnage avait beau être un peu étrange, sa manière de raconter les choses laissait comprendre qu’il les avait vraiment vécues. Dans ce cas, Freya lui avait menti et la raison du massacre des villageois était plus que claire ; les Ase les haïssaient.
La colère brûla alors comme un brasier dans le cœur mais aussi les yeux de Siegfried, qui s’injectèrent du noir de la haine de Fafnir pendant un court instant. Maintenant qu’il avait une cible concrète sur qui diriger sa haine, il n’était plus question de retenir son aversion pour les Ase. Il ne comprenait toujours pas entièrement leur haine de l’humanité, ni les raisons qui les avaient poussé à se faire considérer comme des dieux, puisqu’ils n’en étaient manifestement pas.
Alors que le guerrier bouillait, un être, mi-homme, mi- loup, sortit du couvert des arbres et entra dans la clairière, suivi par une silhouette grande et fine à la peau noire et aux oreilles pointues.
Loki, voyant que Siegfried se tenait prêt à dégainer, présenta les nouveaux arrivants :
-Je te présente Fenrir, père des Managarms, et Dol’Thuris, chef des Svartalfar. Ce sont des amis de longue date.
Siegfried se détendit sensiblement. Il ne connaissait Loki que depuis peu, mais était prêt à lui faire confiance. Fenrir prit la parole, de sa voix rauque et grave, tout en tendant sa grosse main griffue et poilue vers le guerrier :
-Avec l’Or, nous pouvons renverser Odin et prendre notre revanche sur les Ase. Rejoins-nous dans notre combat, Siegfried !
Malgré le regard du Svartalfar, qui semblait l’inviter tout autant que les mots du Managarm, Loki le stoppa du plat de ses mains :
-Siegfried n’a rien à voir avec notre combat. Je refuse de l’impliquer dedans.
Cependant, le concerné, sortant de ses profondes réflexions, articula :
-Maintenant, si. Mes parents ont été victimes des Ase. Ceux que j’aimais aussi. Leur haine pour les hommes est dangereuse. Je me battrai à vos côtés, mais je refuse que l’anneau soit utilisé, sauf en cas de dernier recours.
Ce fut au tour de l’être noir aux oreilles pointues de réagir :
-Si nous utilisions l’anneau…
-Nous ferions des milliers de morts de manière gratuite et sans sommation. Nous deviendrions pires que ceux que nous combattons. Et je le refuse.
Un bruit, derrière le guerrier, lui fit tourner la tête, juste à temps pour voir Brunhilde, réveillée, tirer son épée et charger. Sans tirer Gram de son fourreau, le guerrier stoppa instinctivement le geste de la Walkyrie en lui agrippant les poignets avec ses mains :
-Brunhilde. Tu ne peux pas faire ça.
-Ce sont nos ennemis !
-Ce sont les ennemis des Ases. Pas les miens.
-Tu es un Ase !
-Je suis la moitié d’une moitié d’Ase et je refuse de devenir comme eux.
-Loki t’a raconté des mensonges ! Cela n’est pas vrai, c’est le plus grand menteur et traître que le monde ait porté !
-Peu importe, je choisis de le croire. J’ai bâti, avec ces hommes et femmes que l’armée d’Odin a massacrés, quelque chose que je refuse de trahir en tuant Loki. Je n’ai aucune confirmation que ce qu’il dit est vrai, mais tout mon corps refuse ce que Freya m’a présenté.
-Tu es fou !
-Peu m’importe d’être fou. Je souhaite combattre pour ce que je crois juste.
La femme se dégagea de l’emprise de Siegfried, le regardant d’un air désemparé.
-Je ne comprends pas.
Le guerrier la regarda droit dans les yeux, avec toute la force qu’il pouvait y mettre :
-Je ne cherche pas à comprendre. Je suis mon instinct. Que ferais-tu si tu suivais le tien ?
La Walkyrie sembla réfléchir durant un court instant, puis rengaina son arme à contrecœur.
Tous se détendirent instantanément, mais Siegfried, qui ne s’attendait pas à cette réaction de la part de la jeune femme, haussa néanmoins un sourcil et décida, en son for intérieur, de la surveiller, juste au cas où. Du coin de l’œil, le guerrier capta cependant un mouvement, sur une des plateformes plus en hauteur. Il se mit aussitôt en garde, la main sur la poignée de cuir de Gram, cherchant à saisir une fois de plus ce mystérieux mouvement pour en comprendre l’origine. La Walkyrie suivit son exemple et les trois leaders, derrière eux, restèrent de marbre. Ils restèrent ainsi en alerte jusqu’à ce que, le long des rochers noirs flottants, apparaissent des Managarms, des Svaltalfars ainsi que de nombreuses autre races non identifiées, qui se penchaient vers eux. Certains étaient velus, d’autres n’avaient pas d’yeux, certains avaient même des tentacules. Les couleurs, nombreuses, variaient d’une entité à l’autre, et le silence provoqué par autant d’êtres réunis en un seul endroit était assourdissant, écrasant. S’approchant du gouffre, se tenant sur le fil ténu de roche qui le séparait de l’abysse sans fond, Loki ouvrit les bras et s’adressa à l’assemblée réunie devant lui, d’une voix surnaturellement forte :
-Mes amis. Cela fait maintenant trop longtemps que nous sommes confinés ici, dans Utgard. Nous ne pouvons pas rester ici indéfiniment. Siegfried, le Pourfendeur de Dragons, nous a rejoints dans notre combat. Sa seule présence remplira nos ennemis de terreur ! Il est l’heure de prendre notre revanche sur ceux qui nous ont bannis, trahi ou meurtri ! Il est temps de prendre revanche sur les Ase ! Nombreux d’entre nous mourront. Mais la victoire qu’ils remporteront sera éternelle et changera la face de ces mondes dont nous sommes issus ! Tous, ensemble, pour la victoire !, finit-il en hurlant, accentuant les derniers mots.
Lui répondirent des hurlements plus ou moins bestiaux, des rugissements et des hourras qui, tous ensemble, formaient une vague de son telle que Siegfried n’en avait encore jamais entendu, senti même. Car il pouvait percevoir toute la haine dirigée contre les Ase dans ce seul et même cri venant de milliers de gorges différentes, toutes si différentes mais réunies dans un seul et même but : la vengeance. Aussitôt, Utgard, lieu pourtant si désolé, devint une véritable ruche, bourdonnant d’activité et de colère. Il ne fallut que quelques heures à l’immense armée pour rassembler ses maigres possessions ; la bataille serait sanglante, mais brève.
Siegfried nettoyait Gram en compagnie de Brunhilde et de Loki, ce dernier aiguisant deux dagues courbes, aux lignes aériennes, à la fois belles et mortelles. Le guerrier, sortant de ses pensées, brisa le silence entre eux pour poser une question :
-Les lois n’empêchent-elles pas le massacre de races entières ?
Ce à quoi Loki répondit en souriant :
-Les lois empêchent qu’une race en décime une autre. Seulement, nous trois faisons partie de la même espèce que nos ennemis, et il y a tellement d’autres races différentes impliquées dans ce combat que l’on peut espérer que les lois ne s’appliqueront pas.
-Et si, malgré tout, elles peuvent agir ?
-Alors notre assaut sera un échec et aucune des idées de vengeance d’aucun des soldats réunis ici ne sera jamais réalisée et nous mourrons.
A la fois satisfait et étonné de cette réponse, le guerrier replongea dans l’aiguisage de son arme et ses pensées.
Il réfléchissait encore sur son propre comportement. Partir au combat contre les Ase était-il juste ? Était-ce ce qu’il voulait ? Toutes ces vies qu’il allait détruire, devait-il vraiment les détruire, sur la seule parole de trois hommes, dont le dieu des traîtres et des menteurs ?
Après plusieurs minutes de réflexion, il se rendit compte qu’il se fichait pas mal de la logique de ses actions, car son corps, son instinct, ses valeurs étaient en accord avec ce qu’il comptait faire. Durant le peu de temps qu’il avait passé auprès des soldats du village sans nom, il avait au moins appris l’un des principes essentiels de la vie de soldat : rester fidèle à ses principes. Ses dents, désormais limées en pointe, étaient là pour le rappeler, à lui comme à ses ennemis. Sa détermination de nouveau sans faille, à l’instar de son épée qui était sans tâches, il regarda intensivement la Walkyrie. Brunhilde s’affairait sur sa longue épée de métal blanc, le moindre angle, d’une main de maître, pour la rendre la plus tranchante possible. Sentant sans doute que quelqu’un l’observait, elle releva la tête et croisa le regard de Siegfried. Elle se remit aussitôt à se concentrer sur sa lame avec encore plus d’ardeur qu’auparavant. Haussant les épaules, le guerrier se leva du rocher sur lequel il était assis :
-Brunhilde, lorsque tu auras fini, nous irons au Bifrost.
Tous avaient discutés plus tôt d’un plan de bataille. Celui-ci était simple : les Ase étaient l’ennemi absolu. Chaque dirigeant de chaque race allait mener les siens dans des endroits différents, la priorité ultime étant tout d’abord de sécuriser le pont reliant Asgard à Utgard. Aussi, la Walkyrie et Siegfried devaient aller vers Heimdall et le forcer à activer le pont, malgré les demandes de Brunhilde qui soutenait que le Gardien n’était pas mauvais et qu’il fallait l’épargner.
-Je te suis, répondit la femme en rengainant son arme.
Loki les regarda passer puis se volatilisa pour aller donner des ordres aux différents commandants, afin qu’ils se préparent.
Revenant, au bout de plusieurs heure, à leur point de départ, suivi d’assez près par toute l’armée de rebelles auto-proclamés, il levèrent les pointes de leurs épées vers le haut, en criant distinctement :
-Heimdall, nous revenons !
Brunhilde et Siegfried furent aussitôt aspirés dans une rivière de couleurs trop lumineuses, pour atterrir peu après dans la salle du Bifrost, juste en face d’Heimdall. Celui-ci, avant même que les deux guerriers ne soient sur leurs pieds, leur dit :
-Je sais ce que vous comptez faire. Je ne tolère plus les actes des miens. Je serais avec vous.
Siegfried s’étant attendu à devoir combattre le gardien, il était de fait surpris par ce revirement de situation. Il regarda Brunhilde, qui affichait un air grave. Les Ase étaient définitivement de biens étranges êtres. Le soldat en armure dorée ouvrit le pont en enfonçant son épée dans le mur, et le trio sortit de la salle où ils seraient à l’étroit sous peu. Bientôt rejoints par Loki, Dol’Thuris et Fenrir, le groupe ainsi formé, soutenu par l’armée qui se massait derrière eux, regardait Asgard et ses bâtiments d’or avec gravité. Loki brisa le silence en s’adressant à Heimdall, juste à côté de lui :
-Je savais que ces crimes ne te laissaient pas indifférents. Je te remercie de t’être joins à nous.
-Je n’en suis pas fier et je n’ai aucune envie de mener ce combat. Mais nous devons le faire.
A ces mots, les cinq avancèrent d’un pas déterminé, suivis par l’armée disparate massée derrière eux. Il ne fallut pas longtemps pour leurs ennemis aient vent de leur présence, la cité devant eux devenant brusquement plus active qu’un animal affamé. Cependant, malgré le caractère guerrier des Ase, leur orgueil était allé jusqu’à ne pas mettre de défenses extérieures, sûrs que personne n’oserait jamais les attaquer. L’entrée de la ville se remplissait de leur soldat, véritable marée d’or formant un mur visant à les bloquer. Fenrir poussa un hurlement monstrueux, son corps se transformant en celui d’un loup dont l’échine était au niveau des yeux dorés de Siegfried, et se rua à l’assaut, suivi de toute sa meute. Ils fracassèrent la muraille dorée, envoyant les hommes qui la composaient en l’air. Profitant de cette percée, le reste de l’armée, Loki, Brunhilde, Heimdall et Siegfried compris, chargèrent eux aussi droit devant eux, achevant l’œuvre que les Managarms avaient commencée avec leurs griffes, leurs crocs et leurs muscles, à coup d’épée, de hache et de lance. Ils pénétrèrent ainsi dans l’enceinte de la ville même, d’où ils commencèrent à se disperser en différents groupes. Cependant, alors les villageois avec lesquels Siegfried avait vécu fuyaient devant le danger, les Ase, eux, couraient vers lui, épée en main, se jetant corps et âme dans la bataille. Il se rendait pleinement compte de la folie des Ase qui, sûrs de leur victoire, allaient au combat sans se soucier de ce qui pouvait leur arriver. Ils gâchaient la vie qui leur avait été offerte. Cela fit bouillir Siegfried, qui tira Gram et se mit à courir, en compagnie de Loki et Brunhilde, les autres s’étant dispersés pour combattre, vers le palais d’Odin. Ils gravirent ensemble la route qui y menait, défirent tous ceux qui voulaient les en empêcher, les combats faisant rage partout autour d’eux. Ils laissèrent bientôt Loki derrière eux, celui-ci combattant l’un des Ase qui était présent au banquet. Les deux guerriers arrivèrent aux immenses portes de la demeure d’or du chef des Ase, gardée par la même troupe de plusieurs centaines de soldats, aux pieds desquels reposaient déjà quelques cadavres. Devant les portes entrouvertes conversaient calmement Thor, Freya et Odin, qui se retournèrent lorsque Siegfried apostropha le borgne :
-Odin !!! C’est terminé, viens te battre !
L’intéressé lui rit au nez, avant de remarquer la Walkyrie :
-Tu me déçois beaucoup, ma fille. J’ignore comme ce jeune freluquet a pu te forcer à te retourner contre moi, mais tu vas le regretter.
Hésitant un peu, la jeune femme rétorqua à son père :
-Je ne peux pas regretter mes choix, parce qu’à partir d’aujourd’hui, j’ai décidé de suivre mon instinct…
Elle jeta un coup d’œil discret à Siegfried à côté d’elle, qui évaluait déjà comment passer au travers de la centaine de soldats devant lui, avant de continuer, sur un ton plus bas, en rougissant :
-…ainsi que mon cœur.
Surpris, Siegfried tourna la tête vers la Walkyrie, qui resta intentionnellement concentrée sur son père afin de ne pas croiser le regard du guerrier.
L’expression de dégout qui passa sur le visage d’Odin avant que celui-ci ne reprenne contenance était assez éloquente.
-Je savais que je n’aurais jamais dû envoyer une Walkyrie faire tomber cette épée et surveiller la mort de Fafnir, mais un Einherjar. Je n’aurais même jamais dû te laisser en vie, Siegfried. Quand à toi, jeune fille, pour ta trahison, je te retire tes pouvoirs et ton immortalité. J’espère que tu profiteras bien des quelques heures qu’il te reste à vivre à cause de la maladie qui te rongeait avant que je ne te recueille.
L’ex-Walkyrie s’effondra sur le sol, Siegfried se jetant par terre pour la récupérer. Il la secoua un peu, mais la jeune femme, dont la peau blanche avait maintenant un teint cadavérique et des cernes profonds, s’était évanouie et ne semblait pas se réveiller, une expression de douleur fixée sur son visage. Fou de rage et de tristesse, il déposa le corps inanimé de Brunhilde en l’adossant à un mur, avant d’empoigner Gram avec une colère renouvelée. Il fonça vers les soldats qui, stoïques, levèrent simplement leurs boucliers en guise de défense, tout en brandissant leurs lances. Cela ne fut pas suffisant pour arrêter Siegfried, véritable tempête vengeresse, qui passa comme un ouragan, sa lame traversant ses adversaires et leurs équipements avec autant de facilité que s’ils n’avaient aucune consistance. Le guerrier bondit au milieu de la masse de soldats, ses yeux d’or étincelants, et poussa un rugissement bestial avec toute la force de ses poumons, le son terrible projetant les ennemis les plus proches en arrière. Déchaîné, les lèvres retroussées dans un rictus sauvage, tous les muscles tendus, il traversait le champ de bataille librement, à la fois trop rapide et trop fort pour ces soldats. Plus il combattait, plus il sentait la haine de Fafnir venir renforcer la sienne. Il ne laissa pas la chose bestiale prendre le contrôle, mais accepta néanmoins une partie de sa force. Ses yeux noircirent et Gram s’enflamma alors. Le feu flamboyant qui entourait son épée semblait voler sur le champ de bataille, au travers des casques et des boucliers, des plastrons et des lances, illuminant de sa lueur éclatante les chairs mutilées et les visages apeurés des Ase. Ils n’arrivaient pas à réagir face à cette tornade de feu, de chair et d’acier qu’était Siegfried. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter et leur nombre diminuait à chacun de ses mouvements. Thor regardait le massacre s’accomplir, la bouche bée et les yeux exorbités. Il n’arrivait pas à comprendre comment un demi-humain comme Siegfried pouvait être aussi fort. Il voyait les guerriers d’élite de son père, réputés pour être les meilleurs du monde, tomber comme des feuilles à l’automne, sans que quiconque ne semble pouvoir y faire quelque chose. Si. Lui, pouvait faire quelque chose. Thor n’était pas comme ce barbare. Il avait reçu un entraînement. Il était le Ase le plus fort, non, le dieu le plus fort de tous. Il empoigna Mjollnir de sa main droite et sauta dans la mêlée, droit vers les cheveux de sang. La tête du marteau s’auréola d’éclairs et les deux armes, de feu et de foudre, se croisèrent dans un bruit terrible, éparpillant des étincelles partout autour d’eux. Les quelques dizaines de survivants debout formèrent un cercle autour d’eux, désormais impuissants devant ce combat de titans.
Les deux mortels adversaires se séparèrent en se repoussant l’un et l’autre. Ils se fixaient dans les yeux en se tournant autour et Thor brisa le calme avant la tempête :
-J’ai pas pu te saquer dès ton arrivée, foutu bâtard ! Je suis bien content de pouvoir te crever de mes propres mains !
L’Ase montra, d’un revers de sa main gauche, les soldats amassés autour d’eux :
-Tu vas payer pour avoir…
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, car Siegfried le chargea brutalement, ne se souciant guère du monologue de son adversaire, à qui il asséna un formidable coup latéral, paré in extremis. Le visage impassible de Thor se trouvait à quelques centimètres seulement de la tête de Siegfried. Les yeux d’or du Ase se noyaient dans les deux abysses noirs du guerrier. Un poids énorme pesait sur ses épaules comme une chape de plomb. Thor déglutit alors, sans le vouloir, sans y penser, en cédant un peu de terrain à la bête féroce qu’il maintenait derrière Mjollnir, à bout de bras. Les flammes de la lame brûlaient le cuir du manche du marteau. Les deux ennemis se repoussèrent mutuellement et violemment, chacun projetant l’autre en arrière. L’échange de regards avait duré moins d’une seconde, mais il avait suffi à faire douter Thor. Celui-ci se redressa, raffermit sa prise sur son marteau, puis regarda Siegfried devant lui. Soufflant comme une bête féroce, ses muscles contractés, ses cheveux de sang désordonnés, le regard féroce, les lèvres retroussées dévoilant les dents pointues, le guerrier devant lui le faisait douter de ses capacités. Le prétendu dieu prit un instant pour réfléchir à la manière d’attaquer cette… ce… Ce quoi au juste ? Homme ne suffisait plus et ce n’était là certainement pas un Ase.
La question ne se posa pas longtemps, car Siegfried se rua vers lui en rugissant littéralement. Cri sorti de nulle part, si fort qu’il semblait venir de partout, faisant vibrer chaque fibre de chaque être, jusqu’aux tréfonds de leurs âmes. Gram s’abattit encore et encore sur Mjollnir, le guerrier déchaîné ne semblant pas ressentir de quelconques limites, avant que Thor ne réussisse à le repousser d’un coup sec :
-Je ne sais pas par quel sortilège ou artifice Loki t’as rendu si fort, mais c’est terminé maintenant !
Aussitôt, alors qu’il brandissait son marteau à tête carré vers les cieux, les éclairs environnants la tête de carrée de l’arme se répandirent sur sa peau, tandis le blanc de ses yeux se remplissait progressivement d’or.
Lorsque Thor se remit en garde, il était l’incarnation de la foudre et du tonnerre.
-Que peux-tu faire contre moi, maintenant ? Que peux-tu faire contre le vrai sang des Ase ? Le sang de dieux ???
Siegfried marqua une pause. Cette fois, ce fut Thor qui se rua à l’assaut en profitant de la réflexion de son adversaire, lançant Mjollnir vers lui à une vitesse si folle qu’elle en fit vibrer le monde autour de lui, le marteau devenant invisible pour les yeux du commun des mortels comme pour les Einherjar, mais pas pour Siegfried, qui dévia le coup, l’électricité se répandant dans son corps. Il recula instinctivement, mettant ainsi fin à l’échange de coups, son bras droit engourdi par le courant.
Thor s’autorisa un sourire, mais il l’effaça très vite en constatant que, non seulement Siegfried récupérait très vite de ses éclairs, mais qu’en plus il le chargeait encore une fois sauvagement en armant un coup latéral droit, son épée ramenée derrière lui, près de sa jambe gauche.
Il para d’avance le coup du guerrier avec une esquisse de sourire et se préparait pour la suite, lorsque le bras droit de Siegfried vola à une vitesse incroyable jusqu’à la tête de Mjollnir et écarta le marteau.
Thor eut un mouvement de recul, puis un léger tressaillement lorsque Gram s’enfonça jusqu’à la garde dans sa chair, défonçant au passage son plexus solaire et une partie de sa cage thoracique. Les éclairs sur la tête de Mjollnir se tarirent, les yeux de Thor se vidèrent de leur or et ses membres se mirent à pendre, le cadavre ressemblant à une poupée de chiffon suspendue à la lame de Siegfried.
Celui-ci jeta sans ménagement son adversaire sur le côté, au milieu de quelques Einherjar qui s’écartèrent.
Les yeux du guerrier reprirent leur teinte normale.
Loki, un Managarm qu’il ne connaissait pas et Dol’Thuris arrivèrent à ce moment précis, accompagnés par des soldats divers et variés, dans des états tout aussi variables.
Ils s’occupèrent des derniers Einherjar, Loki rejoignant Siegfried alors que ce dernier cherchait Brunhilde du regard.
-Tu as l’air d’aller bien, pour quelqu’un qui a combattu l’Ase que l’on dit le plus puissant d’Asgard.
-Est-ce que tu as vu Brunhilde sur le chemin ?
-Non. Que s’est-il passé ?
Le guerrier détailla un instant Loki, pour voir s’il allait bien. Pantelant, ses cheveux noirs collés sur son front, le rebelle avait l’air de se porter bien, malgré son essoufflement évident et plutôt comique. Siegfried remarqua toutefois des lignes noires à demi-effacées courant sur la peau du prétendu dieu de la traitrise, comme si d’étranges écritures y avaient été tracées.
Le visage de Loki adopta une expression impénétrable dès que son interlocuteur eut finit son récit :
-J’ai un mauvais pressentiment. Nous ferions mieux de nous rendre au palais. Dol’Thuris et le nouveau chef des Managarms vont aller vaincre les dernières poches de résistance, ils ne pourront donc pas nous assister.
Siegfried tiqua :
-Qu’est-il arrivé à Fenrir ?
-Il a emporté le chef de guerre des Ase, Tyr, dans sa tombe.
Le guerrier tourna la tête et fut choqué de voir Asgard. Plusieurs quartiers étaient en flammes, des bruits de bataille résonnaient des quatre coins de la ville et des hurlements mêlés à des rugissements accompagnaient les râles d’agonie.
Abandonnant cette vision d’enfer, Siegfried tourna les talons, suivi par Loki, vers les immenses portes du palais d’Odin.
Ils poussèrent les portes doucement et rentrèrent presque silencieusement dans la grande salle, leurs pas se réverbérant sur chaque mur, chaque colonne. Loki était en retrait, scrutant tous les coins sombres aux alentours. Tous deux pouvaient ressentir, dans chaque pierre de l’édifice, une présence menaçante. Tous deux savaient qu’Odin les attendait au bout de cette vaste salle, qui ne semblait pas en finir.
Lorsqu’ils arrivèrent au pied des marches menant au trône, ils constatèrent avec surprise que Freya se trouvait là, au côté de son époux, le couple les regardant férocement.
Ils s’entre-regardèrent.
Odin se leva et tonna de sa voix forte :
-Pauvre fous. Votre attaque sera bientôt matée. Je vais faire attention à ce que vous restiez en vie, pour que vous souffriez pour ceux que vous avez tués aujourd’hui. Et vous souffrirez d’autant plus pour mon fils.
-Où est Brunhilde ?
Désignant vaguement de la main un espace derrière lui, l’Ase leur fit :
-Elle écope de sa punition. Tu ferais mieux de penser à toi, plutôt qu’aux autres.
Loki le prit à part un instant :
-J’ai remarqué que plusieurs Einherjar étaient sensibles à la douleur, contrairement au reste des Ase.
-Quoi ?
-Les Ase sont, par nature, dénués de douleur. Ma famille y faisait exception et c’est pour ça que nous avons étés chassés d’Asgard. Ni Odin, ni Freya, ni aucun autre Ase ne ressent de douleur.
Siegfried arqua un sourcil :
-J’en ressens, pourtant.
Loki lui répondit en souriant :
-Bien. Ça te différencie encore un peu plus d’eux. Mais fais-y attention.
Odin, plus haut, déclamait un discours sur les châtiments qu’il allait leur infliger.
-Encore une chose, Siegfried. Les Ase ne peuvent pas libérer constamment toute leur puissance ; lorsqu’ils le font, leurs yeux deviennent totalement dorés. Je vais te faire gagner du temps pour que tu puisses maîtriser cette libération de puissance avec Gram, car ni toi ni moi ne pouvons vaincre Odin ou Freya dans l’état actuel de nos forces.
A ces mots, l’être toucha la lame du guerrier, une douce lumière naissant du contact de ses doigts et du métal, puis ses yeux s’inondèrent d’or et des symboles étranges apparurent sur sa peau. L’air lui-même sembla se distordre autour de Loki, offrant une sensation à la fois douce et reposante. Le rebelle se tourna ensuite vers les deux seigneurs des lieux, en dégainant ses deux dagues acérées. Les présences respectives des trois personnages s’intensifièrent lourdement.
Siegfried entendit une petite voix tenue mais insistante, dans un coin de son esprit. Il se concentra un peu dessus et fut directement happé dans le monde en négatif dans lequel résidait l’esprit de Gram.
Il se retourna et ne fut pas surpris de voir le cerf comme la dernière fois, à la différence que l’animal semblait bien plus présent et puissant que dans ses souvenirs.
-Merci de ce compliment, résonna la voix de Gram dans son crâne.
-J’avais oublié ça… Mais je suis un peu occupé, je dois aller aider Loki.
-C’est Loki qui avait scellé mes souvenirs.
-Quoi ?
La surprise de Siegfried laissa place à la réflexion ; le geste qu’avait eu le rebelle pour son arme prenait tout son sens maintenant. Cependant, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi Loki avait agi ainsi.
-Loki était mon propriétaire. C’est lui qui m’a forgé, puis il m’a parlé. Encore et encore. Il m’a dit tout ce que tu dois savoir. Toutes les bottes, les parades qu’il connaissait, toutes les astuces que ton sang d’Ase, même partiel, te permet de réaliser. Il compte dessus pour pouvoir vaincre Odin.
Encore quelqu’un qui se servait de lui pour accomplir un objectif ? Le prétendu dieu de la traîtrise et du mensonge méritait-il son surnom ?
L’expression de Siegfried s’endurcit alors :
-Dépêchons ! Loki ne tiendra pas éternellement contre ces deux-là ! Je verrai cette histoire avec lui plus tard. Apprends-moi ce que je dois savoir.
-Avant de commencer, tu dois me céder ton corps. Ainsi, s’il y a besoin de fuir, je pourrais me mettre en lieu sûr.
Siegfried n’appréciait pas l’idée de céder son corps à quelqu’un d’autre, mais sa volonté d’en finir rapidement avec Odin et les Ase l’emportèrent et il céda après quelques secondes de réflexion intense.
Le cerf disparut, mais sa voix continua de raisonner dans la tête du guerrier, lui prodiguant des conseils et lui faisant découvrir les possibilités que lui offraient son sang de guerrier, son sang de Ase, ainsi que les défauts inhérents à cette ascendance : amour quasi-littéral du combat, perte de raison lors d’une bataille… Tant de faiblesses auxquelles Siegfried était sujet, cela même avant que la haine charriée par Fafnir ne l’infecte. A mesure que le guerrier découvrait sa puissance, il apprenait de plus en plus vite. Sans en avoir conscience, son esprit se fondait complètement dans celui de Gram et il abandonnait progressivement son enveloppe corporelle, les souvenirs de Loki et de ses combats avec cette lame le pénétrant jusqu’aux tréfonds de sa mémoire. En plus de son corps dans ce monde en négatif, Siegfried finit par perdre la notion de réalité ; il voyageait dans les mémoires de Gram librement, faisant siens chaque coup, chaque botte, chaque petit tour ; apprenant chaque mise en garde, chaque danger, chaque force, chaque faiblesse.
Lorsqu’il arriva au bout de cet apprentissage éclair et peu banal, de la lumière le submergea et il reprit d’un coup le contrôle de tout son corps, ses sens l’assaillant de toutes parts, lui criant ce qu’ils percevaient.
Siegfried manqua de s’écrouler au sol, tant ce voyage dans l’esprit et l’âme même de Gram lui avait fait oublier la réalité physique, vacillant avant de regagner le contrôle de son équilibre.
Sitôt que ses yeux s’habituèrent à la lumière environnante et changeante, il put voir l’avancement du combat entre le couple d’Ase et Loki ; Freya, lourdement blessée au bras gauche, envoyait au rebelle de colossales flammes bleues avec ses mains, tandis qu’Odin assaillait son ennemi avec sa lance aux contours torturés, laquelle brillait d’une lumière mauve, glauque et dégoulinante.
Sans réfléchir plus, Siegfried se jeta immédiatement dans la mêlée. Freya l’aperçut du coin de l’œil et fit brusquement volte-face, déchaînant vers lui une tempête ardente.
Instinctivement, le guerrier trancha d’un coup sec l’air devant lui, de bas en haut, créant une onde de choc qui scinda les flammes en deux rivières brûlantes passèrent de part et d’autre de la lame et de son propriétaire. Freya ne se démonta pas et lui envoya une nouvelle fois les flammes bleues, avec toutefois une intensité largement accrue. Cette fois, Siegfried fit consciemment appel aux restes de Fafnir, ses yeux noircissant en un instant. Le guerrier, possédant la puissance du dragon, prit une grande bouffée d’air alors que les flammes de l’Ase n’étaient plus qu’à mi-chemin de lui.
Moins d’une seconde plus tard, dans un souffle conjugué à un rugissement qui trembler les pierres du palais d’Odin, Siegfried soufflait l’enfer, sa bouche grande ouverte expulsant une colonne de flammes d’un pourpre éclatant. Plus loin, il vit Odin et Loki tourner la tête, surpris du rugissement draconique et du hurlement des flammes. Les flammes bleues furent littéralement englouties par les rouges ainsi que Freya, qui n’avait pu se déporter sur le côté à temps pour sauver plus de la moitié de son corps.
En effet, l’intensité du feu craché par le guerrier était telle que Freya, dont seule une moitié avait été immergée dans les flammes, n’avait maintenant plus ni peau ni chair sur la moitié gauche de son corps, tandis que l’autre moitié avait atrocement fondu en répandant une odeur de chair brûlée.
Siegfried abandonna la puissance du dragon, ses yeux reprenant leur teinte normale, et s’avança d’un pas déterminé vers le leader des Ase, alors que le cadavre calciné de Freya tombait au sol avec un bruit mat. Les pas du guerrier résonnaient dans l’immensité de la salle du trône, sa présence écrasante irradiant de lui comme un vent invisible.
C’est seulement dans ce calme avant la tempête que Siegfried put constater l’état de Loki. Il était sévèrement touché au flanc droit, sans doute par la lance d’Odin, une partie de ses cheveux et de son visage avaient brûlé et plusieurs plaies plus superficielles dégoulinaient de sang. De gros cernes étaient nés sous ses yeux et ses tatouages étranges semblaient s’effacer de plus en plus et de plus en plus vite, il transpirait abondamment et était essoufflé, de manière beaucoup moins comique désormais. Ereinté, le rebelle s’appuya lourdement sur le mur, claquant des dents et tremblant sur ses genoux. Odin se retourna d’un coup pour lui enfoncer sa lance dans l’abdomen, mais celle-ci ne rencontra que la lame de Siegfried, qui avait couru plus vite que la lance de l’Ase, le guerrier affichant un regard mauvais. Soutenant l’arme de ses deux mains, une sur la garde et une proche de la pointe, le guerrier arrivait à maintenir l’affreuse lance dans la gouttière de son épée.
Les bras des deux combattants tremblaient sous l’effort, chacun essayant de faire céder l’autre, alors qu’ils se défiaient du regard. Odin, contrairement à son épouse, allait parfaitement bien. Nul besoin de mots entre les deux hommes pour qu’ils se comprennent ; leurs yeux étaient plus que suffisants, les mots ne pouvant plus décrire avec justesse l’envie de chacun de tuer l’autre.
Loki souffla avec le peu de souffle qui lui restait :
-Brunhilde est dans l’arrière salle. Elle court un grand danger.
Siegfried fronça les sourcils et repoussa Odin, qui se recula rapidement pour s’éloigner du guerrier, lequel arriva aussitôt à la charge. Cependant, le vieux borgne ne se laissait pas approcher, repoussant son adversaire en l’asticotant avec sa lance. Agacé que ses assauts soient ainsi parés, le guerrier décida de feinter ; il attendit, sans changer sa garde, le prochain coup de lance.
Alors que la pointe de lance volait vers lui à toute vitesse, Siegfried fonça en avant, déviant tout juste de sa lame l’arme ennemie de quelques centimètres sur la droite, l’atroce outil passant ainsi juste au-dessus de son épaule gauche. Voyant qu’Odin allait se protéger avec son bras gauche, le guerrier pris son arme de la main gauche et, écartant brutalement la main de son adversaire avec son poignet droit, il frappa le vieil Ase du pommeau de Gram. Le borgne, déséquilibré, recula d’un pas vers l’arrière tandis que Siegfried continuait de le matraquer avec son épée, défonçant le crâne de son adversaire.
Après une demi-douzaine de coups, Odin eut enfin la présence d’esprit de se dégager de son ennemi et le fit si rapidement qu’il sembla presque disparaître.
Courroucé, le prétendu dieu tâta son front, le sentant mou, craquant et sanglant sous ses doigts. Il décida alors que cela avait assez duré. Ses yeux s’emplirent alors d’or, tout son corps s’entoura d’une aura dorée et l’éclat de sa lance devint presque insoutenable à regarder tant il gagna en intensité, baignant tous les murs d’une lueur malsaine.
-Prépare-toi, stupide enfant.
La présence d’Odin, écrasante, fit trembler les murs du palais. Siegfried pouvait sentir l’envie de tuer de son adversaire aussi distinctement que s’il avait été dans sa tête. Il jeta un coup d’œil autour de lui, cherchant de l’aide du regard. Loki était adossé au mur et il n’y avait personne aux alentours susceptible de lui apporter du soutien. Il pouvait néanmoins voir la porte à l’arrière du trône, qui conduisait sans doute là où se trouvait Brunhilde, qu’il ne pouvait rejoindre. Dépité, le guerrier regarda de nouveau son adversaire et retint un juron.
En effet, le borgne était maintenant accompagné de deux oiseaux, des corbeaux, qui regardaient Siegfried avec leurs deux yeux rouges, ce qui ne lui inspirait pas vraiment confiance.
Renonçant à se lancer à l’assaut d’Odin sans mieux connaître la nouvelle puissance de son adversaire, Siegfried se mit en garde, solide sur les bases desquelles il fut arraché l’instant d’après. Volant au travers de la salle, il percuta l’un des lourds piliers avec une si grande force qu’il le traversa, seulement stoppé par le mur qui se fissura sous l’impact.
Se relevant plus automatiquement que consciemment, le guerrier sonné manqua de retourner au sol lorsque son corps parvint enfin à lui transmettre la douleur qu’il ressentait dans la joue gauche, là où Odin l’avait frappé en un éclair, trop vite pour être contré ou même vu.
Ignorant la douleur qui se répandait depuis sa joue gauche jusqu’au reste de son corps, Siegfried se remit en position, cracha du sang et attendit fermement son adversaire. Celui-ci, énervé par le regard de défi qu’il voyait, ne se fit pas prier, repassant à l’attaque avec ses deux oiseaux, qui se mirent à picorer le guerrier.
Il sembla disparaître et sa terrible lance, au lieu de son poing, fonça droit vers le guerrier. Saisissant tout juste l’éclat malsain de l’arme, le pourfendeur de dragon roula en avant en ignorant les coups de becs des deux volatiles, et pivota immédiatement pour brandir son épée devant lui.
Lorsqu’Odin s’arrêta, Siegfried était toujours en vie et s’agrippait fermement à la poignée de Gram qui était fichée dans le bras de l’Ase qui s’y était empalé.
Fou de rage, le borgne envoya Siegfried en arrière d’un revers de la lance, projetant son ennemi au bas sur les marches du trône d’or.
Alors que le guerrier se remettait à peine de sa violente rencontre avec les degrés de pierre menant au trône, il se sentit décoller, heurter quelque chose avec le dos, puis retomber. La douleur, encore une fois, mit un certain temps à arriver jusqu’à sa tête. A quatre pattes devant Odin qui le toisait avec mépris, Siegfried faisait peine à voir. Quelques cailloux tombèrent sur son dos depuis le plafond, là où il l’avait heurté.

Siegfried Ase
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Re: Siegfried Ase, le Guerrier [Terminée!]

Message par Siegfried Ase le 22.12.14 1:41

-J’admire ta résistance. Peu de personnes peuvent se targuer de me tenir tête ainsi.
Se relevant péniblement en fixant son adversaire dans l’œil, le pourfendeur de dragon lui répondit :
-C’est tout ce que tu peux faire au maximum de ta puissance ?
Il savait qu’il allait bientôt regretter ses mots, mais la figure toute renfrognée d’Odin lui arracha tout de même un sourire.
L’Ase envoya voler Siegfried d’un coup de poing dans l’abdomen, le corps du pauvre guerrier décrivant une élégante parabole au-dessus du trône d’or, jusqu’au pied du mur qui se trouvait derrière, juste à côté de la porte derrière laquelle se trouvait sûrement Brunhilde. D’un saut, le borgne franchit la distance entre lui et son ennemi. Là, il brandit sa lance devant lui, parallèle au sol.
Le guerrier le regarda faire. La lance mauve se mit à luire de plus en plus fort alors qu’Odin récitait des incantations dans une langue incompréhensible. L’air autour du prétendu dieu sembla se distordre et une véritable aura se forma autour de lui, ses deux maudits corbeaux noirs fondant littéralement dans les paumes de ses mains. Siegfried déglutit.
-C’est terminé pour toi.
A ces mots, l’Ase se fendit en avant, visant le cœur de Siegfried avec la pointe de sa lance. Evitant l’arme in extremis, le guerrier sentit l’air le fouetter au passage de l’arme. Il vit aussi une lueur dorée voler vers lui, et ferma les yeux, juste avant l’impact de la botte d’Odin sur ses côtes. Il traversa le mur, la salle qui se trouvait derrière, et s’arrêta après avoir longuement et douloureusement roulé sur le sol.
Cette fois, il n’était pas indemne, loin s’en faut ; outre la douleur des coups reçus plus tôt, il avait désormais du mal à respirer et une vive douleur là où Odin avait brisé ses côtes. Mais il avait au moins la satisfaction d’être en vie, alors qu’Odin était sans nul doute au maximum de sa puissance. Lorsqu’il leva la tête, cependant, toute joie s’évanouit en lui.
Car cette salle était bel et bien celle où se trouvait Brunhilde. Les restes fumants du bûcher où elle avait passé ses derniers instants étaient répandus partout au centre de la pièce, et son cadavre, ou plutôt ses os calcinés, encore vêtu de ses vêtements et de son armure, reposait au centre des braises.
Stupéfait, la bouche grande ouverte, Siegfried ne voulait pas croire ce qu’il voyait. Il entendit un rire grave depuis le trou dans le mur, alors qu’Odin, qui flottait au-dessus du sol, se rapprochait de lui, éclairant les moindres recoins de la pièce avec son halo.
-Freya m’a convaincu de brûler cette petite sotte, et d’après la tête que tu tires désormais, je ne peux que lui donner raison.
Quelque chose se brisa en Siegfried. C’en était trop. Il laissa la haine du dragon l’envahir, il laissa la puissance du Ase qu’il était, malgré son dégout pour ses racines, s’exprimer. Il ne voulait pas y faire appel, mais cela n’avait plus d’importance désormais.
Odin n’eut presque pas le temps de réagir, lorsque Siegfried lui asséna un puissant coup de taille qui se réverbéra depuis les bras de l’Ase jusqu’au sommet de son crâne.
Siegfried asséna des coups supplémentaires avec sa lame, qu’Odin parait à chaque fois de justesse. Dépassé par la vitesse du guerrier, l’Ase recula ; d’abord prudemment, puis de manière frénétique, pour échapper à la lame tourbillonnante de son ennemi. Celui-ci, déchaîné, le fixait de son regard noir et or, les deux couleurs se mélangeant et se séparant, comme deux fluides incompatibles que l’on essayerait de mélanger de force.
Un premier coup toucha Odin au bras gauche, le tranchant net. L’Ase tentait vainement de s’échapper, sans pouvoir faire quoique ce soit. Les quelques attaques qu’il arrivait exécuter ne touchaient pas, ou pire, étaient simplement ignorées, ricochant sur la peau de Siegfried, aussi dure que des écailles de dragon.
Plus le combat durait longtemps, et plus la haine du guerrier augmentait ; son rythme d’attaque et la puissance de ses coups allait aussi croissant. Finalement, la lance d’Odin finit par voler. L’Ase tendit la main, ouvrit la bouche, voulut articuler un « stop ! » mais la lame chauffé à blanc le trancha de haut en bas avant qu’il ne puisse dire un mot. Siegfried, qui ne décolérait pas, tranchait le cadavre de son ennemi en rondelles, hurlant sa colère de ne pouvoir tuer cet être abominable à nouveau.
Lorsque le guerrier décida de refouler la puissance du dragon et ses pouvoirs d’Ase, il ne restait plus que de la bouillie devant lui. Il alla s’agenouiller près de la dépouille de Brunhilde. Il croyait entendre son crâne lui demander « Pourquoi ? ». Il pleura longuement sur son cadavre, regrettant le peu de temps qu’il avait passé avec elle, regrettant sa mort.
Il sentit, après un temps indéfini, une main se poser sur son épaule. Tournant la tête, Siegfried reconnut Loki, qui semblait peiner à rester debout. Il se leva aussitôt pour l’aider à se maintenir, passant son bras sur ses épaules pour le porter. Le rebelle souffla :
-Elle était brave. Je veillerai à ce que son nom ne soit pas oublié.
Ces mots semblaient vides de sens pour Siegfried, et celui-ci ne répondit pas.
Les deux compagnons, après un dernier regard vers les os de la Valkyrie, clopinèrent, cahin-caha, jusqu’à la sortie du palais.
Depuis le parvis du palais doré, ils avaient une vue plongeante sur tout Asgard. La ville, en proie aux flammes, brûlait, sans qu’aucun bruit autre que le craquement des flammes ne se fasse entendre. C’était terminé. Il ne semblait plus y avoir âme qui vive dans cette ville morte. Les deux hommes s’écroulèrent là où ils étaient, muets et estomaqués.
La guerre qu’ils avaient déclenchée avait tourné au massacre.
Ils explorèrent les décombres, à la recherche de survivants, pendant plusieurs jours ; mais ils ne trouvèrent que des cadavres. Parfois, ils tombaient sur un visage connu. Puis ils s’étaient retrouvés aux portes d’Asgard. Loki, qui arrivait à marcher seul depuis qu’il avait trouvé une béquille, regarda Siegfried avec une tristesse infinie dans le regard.
Le guerrier, lui, n’arrivait plus à ressentir quoi que ce soit. Cela n’avait plus d’importance.
Loki lui avait vaguement expliqué qu’il lui avait légué Gram et ces connaissances dans le seul but de l’aider à survivre, afin qu’il puisse se défendre contre le danger qu’Odin représentait.
Siegfried l’écoutait alors d’une oreille distraite. Cela n’avait pas d’importance non plus.
Car après tout, la vie que le guerrier avait cru pouvoir vivre était partie en fumée, l’image d’Asgard. Il avait renoncé à vivre sa vie.
Les deux hommes se séparèrent, Loki repartant en Utgard pour méditer, et Siegfried vers d’autres mondes au hasard, cherchant quelqu’un capable d’abréger sa fausse vie.
Quelques années plus tard, c’était fini. Siegfried s’était rendu au bord du monde pour y affronter Nidhogg, et avait perdu. Tombant dans le gouffre au-delà du monde, les os brisés et la peau brûlée, pleinement conscient de sa douleur, de son agonie, s’asphyxiant à mesure que l’air se raréfiait, le guerrier souriait.
Entre-temps, les récits de ses aventures s’étaient propagés, relégués par les survivants du village sans nom, sous des formes diverses. Siegfried l’ignorait, mais il était considéré comme un héros, pourfendeur de dragons, par le commun des mortels, même si Loki était toujours le dieu du mensonge et Odin le père de toute chose.
Il ferma les yeux, en se jurant que si jamais la vie devait lui être offerte de nouveau, il respecterait ce cadeau et le chérirait, et ferait en sorte que l’on fasse de même autour de lui.
Sitôt qu’il se fit cette promesse, ses yeux s’ouvrirent en grand, d’eux-mêmes, la lumière environnante l’aveuglant complètement pendant quelques secondes. Il respira un grand coup, des centaines de senteurs différentes assaillant son odorat.
Des milliers de stimulations différentes titillaient ses sens en général, et il lui fallut plusieurs minutes pour qu’il arrive à comprendre où il était, dans quelle position.
Il se trouvait allongé dans une vaste tente, entouré de cinq hommes encapuchonnés, qui chuchotaient entre eux dans une langue incompréhensible. Un sixième homme entra dans la tente, et hurla ce qui semblait être des ordres à l’un des autres, qui lui répondit en désignant le guerrier d’un geste de la main. Le soldat, car c’en était un, assurément, se fendit d’un large sourire et invita Siegfried à le suivre. Le guerrier, curieux, se releva avec difficulté, intrigué par l’armure et les vêtements étranges de l’inconnu. C’est n’est qu’en sortant de la tente qu’il se rappela un détail important.
Il était mort.
Siegfried contempla ses mains, ses bras, son corps, se tâta et se remua dans tous les sens pour s’assurer de ne pas être dans une sorte de rêve. Il releva ensuite la tête vers le soldat en cyan, sourcils froncés. Celui-ci le regardait bizarrement, comme s’il trouvait sa conduite étrange sans oser le dire, et lui tendit un long paquet emmitouflé dans une sorte tapisserie couverte de runes. Il comprit de quoi il s’agissait au moment même où il le toucha; il sentait le métal de l’arme l’appeler au travers de l’enveloppe de tissu. Il entendait, dans un coin de sa tête, une petite voix l’appeler. Il déplia le tout hâtivement, jeta la tapisserie plus loin et s’arrêta pour contempler Gram, qu’il mit ensuite dans le fourreau qui pendait à sa taille. Ce n’est qu’après avoir rangé son arme que Siegfried nota qu’il se trouvait dans un camp sûrement militaire, constitué de centaines de tentes.
Le guerrier était plongé dans ses réflexions, essayant de franchir la barrière de langage qui les séparait, son camarde et lui, lorsqu’un cri de guerre retentit derrière lui. Siegfried se retourna d’un bloc en brandissant instinctivement son arme, parant le coup qu’on lui assénait de justesse ; si l’accoutrement du soldat cyan était étrange, il l’était en tout cas moins que celui cet adversaire qui brandissait un sabre courbe d’un grand raffinement.
Du coin de l’œil, le guerrier vit affluer d’autres de ces hommes ; derrière lui, son camarade aux couleurs douteuses hurlait :
-Mibu ! Mibu !
Il ignorait ce que cela signifiait, mais il était déterminé à ne pas mourir de nouveau ici. Il trancha son adversaire d’un coup sec, se fendit d’un coup sur la droite pour en transpercer un autre et tourbillonna ensuite sur la gauche pour en décapiter un troisième qui s’attaquait, lui, au soldat cyan. Celui-ci le remercier du regard, en hochant la tête. Siegfried plissa les yeux pour comprendre ce qu’il se passait ; visiblement, ces soldats aux lames courbes attaquaient les cyans par surprise et, si la bataille faisait rage partout dans le camp, les courbes semblaient arriver en masse depuis une brèche, non loin. Siegfried s’y rua, plantant son allié là où il était, et s’engagea corps et âme dans la bataille pour défendre les assaillis. Il courut jusqu’à la défense de ses alliés, qui bloquaient les assaillants avec leurs larges écus, en hurlant à pleins poumons, rapidement suivi et rejoint par d’autres cyans.
Il dépassa la première ligne de soldats cyans, sautant par-dessus leurs boucliers, son épée se mettant à flamboyer, fonçant tête baissée dans le cœur de la mêlée, suivi par des soldats parfois vêtus de leur simple épée. Il envoya des ondes de choc de toutes parts, tailla, coupa, trancha, encore et encore et encore, avançant dans la masse d’ennemis, créant une brèche dans laquelle s’engouffraient ses alliés. Dans la mêlée, il vit un ennemi manipuler de l’eau causer beaucoup de dommages dans les rangs alliés ; le temps qu’il marche jusqu’à lui, c’était terminé ; une autre groupe de cyans était venu en renfort pour écraser l’envahisseur, et les dragons d’eau tombaient au sol avec leur propriétaire, mortellement blessé par un cavalier. Désorganisé, l’ennemi se replia de manière confuse, suivis de près par la cavalerie que Siegfried admirait de loin.
Le guerrier cherchait des yeux une monture, lorsqu’un autre régiment monté passa près de lui ; l’un d’entre eux le prit sur sa monture, et ils foncèrent ensemble, au galop, vers le lieu où fuyaient les soldats aux lames courbes. Ils passèrent au travers d’une forêt lugubre dans laquelle ils pourfendirent plusieurs étranges combattants dont certains arboraient des traits animaux, avant d’arriver dans une ville d’une grande beauté, bien qu’elle semblait se remettre d’un affrontement récent. Siegfried sauta du cheval lorsqu’il vit un groupe armé se diriger vers lui. Il se rua à leur rencontre, et malgré leur nombre supérieur, les tua tous.
Il monta sur le toit d’une maison afin de pouvoir contempler la ville dans son ensemble, et c’est en voyant les toits, les édifices, les bâtiments, qu’il se rendit compte d’une chose ; les assaillants n’étaient pas les courbes, mais bien les cyans. Cela le troubla, mais il se dirigea quand même vers une place sur laquelle s’étaient rassemblés bon nombre d’armures cyan.
Cependant, lorsqu’il arriva, il regretta bien vite d’être venu. Une pauvre femme se débattait sous ses yeux pour échapper à un agresseur, qui la violait sous les encouragements de ses camarades. Des cadavres d’autres femmes et d’enfants jonchaient le sol.
Les souvenirs d’Albereich et les siens propres ressurgirent, se superposant à la scène qu’il avait sous les yeux. Le guerrier manqua de vomir, et se retira, ne paraissant plus de tout le combat.

Par la suite, il apprit l’anglais, ainsi que le nom de ses « alliés », les Rekas, qui l’avaient ressuscité au vu de ses exploits guerriers. Il apprit ensuite qu’il venait de participer au massacre des Mibu, chose qu’il regretta amèrement. Lassé de vivre avec ces prétendus chevaliers, le guerrier partit rapidement explorer le Japon, désireux de laisser le plus possible ce conflit loin de lui, tout en sachant parfaitement que cela lui serait impossible.

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Re: Siegfried Ase, le Guerrier [Terminée!]

Message par Le Roi Rouge le 02.01.15 19:32

Tout d'abord, je tien a dire a toute personnes voyant cette fiche une chose : Elle n'est pas un modèle a suivre, ni le public cible du forum. Vous n'avez pas à craindre de faire moins... Donc.

Bienvenue dans l'univers de Deeper Story.
Voilà le diagnostic pour un niveau 46 :

mental : 3.5/4
histoire: 5/4
logique : 5/6
original: 4/6
Pour l'orinalité :
6 : -4 d’originalité pour un personnage existant dans les mythologie, donc rien invente, mais +2 puisque c'est quand même original de le prendre.

+0.5 physique
-0.5 Fautes
-1 Trop "mythologique" : Dieu, téléportation astrale et tout.

Je comprend pas pourquoi la Walkyrie t'aide, mais soit.

ps - Manque de couleur pour distingue parole et action, malgré qu'on comprend assez bien qui parle et quand ils agissent mais tout est mêlé.
###
Maintenant. Tu as le choix d'accepter ce diagnostic, ou bien de tenter d'améliorer ta fiche pour un meilleur résultat.
Merci de me prévenir de ton choix par MP,
Le Roi Rouge.
###
Fiche Accepté & Validé

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
«Je suis d'un temps bien avant le tien...
Je suis le Dirigeant du Clan Mibu,
Leurs Ancêtre à tous...
Le premier Roi Rouge!!»

Le Roi Rouge
Shodai Aka No Ou
«Veux-tu que je te dise le Secret du Clan Mibu?»


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Re: Siegfried Ase, le Guerrier [Terminée!]

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